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Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, un peu tout azimuts, il y a quelques noms qui revenaient très régulièrement dans les discussions d’amateurs voulant m’apprendre la vie : Beatles, Pink Floyd, tout un tas de grands classiques et… Magma (chauvinisme oblige). Outre qu’il était apparenté au Rock Progressif, le groupe était connu pour avoir un leader batteur et avoir inventé son propre langage pour ses chansons, deux incongruités rédhibitoires qui me firent me promettre de n’en jamais écouter une seule note (en plus du fait que la plupart desdits amateurs me conseillant Magma étaient des gros losers avec une tête de con). Une promesse tenue pendant plus de  20 ans, jusqu’à ce sms envoyé il y a quelques semaines par un pote. Genre un bon pote, genre un très bon pote que je pourrais difficilement abandonner à un concert en solitaire alors qu’il m’a déjà accompagné moultes fois (y compris pour Hello Darkness) et que je suis sûr de passer une bonne soirée quelle que soit la musique qui va passer. Genre le parrain de ma fille, Fred.

 

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Voilà pourquoi, après un apero chez moi histoire que « Fwed » puisse faire risette à Soline, nous nous dirigions vers le transbordeur en ce samedi soir, en tramway (plus prudent vu comment s’était terminé la dernière soirée que nous avions passé ensemble). Timing parfait, le temps de commander une binouze et nous pénétrons dans la salle au moment où le groupe, déjà sur scène, termine ses (à priori) sympathiques bonjours au public et attaque son set (il n’y avait pas de première partie). Nous nous plaçons sur la première marche des gradins, avec une fort bonne vue sur la scène, pile à l’hémistiche entre les vieux (assis derrière nous) et les moins vieux, debout dans la fosse. Car, à notre grand étonnement, le public est beaucoup plus hétéroclite que prévu, sexe, âge et looks étant beaucoup plus variés que les seuls Geeks Soixantenaires en T-Shirt floqués au nom du groupe attendus. Ce n’était pas le seul à priori qui allait tomber ce soir… 

 

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Il y a 8 personnes sur la scène, avec de gauche à droite dans une symétrie parfaite un xylophoniste, un guitariste, le fameux batteur Christian Vander, un bassiste et un claviériste. Sur le devant, un chanteur et deux chanteuses, les seules à être de l’âge du batteur : on sent que l’effectif du groupe a bien tourné, les générations se mélangeant autant sur scène que dans le public. Les premières minutes, une sorte de jazz déstructuré accompagné d’envolées lyriques du trio  de chanteurs, sont assez inquiétantes – je m’attends au pire mais ce sera finalement l’un des seuls moments faibles (limite ridicule) du concert. Les titres proposés sont très longs, sans que je sache s’il s‘agit des compositions originales, s’il y a une part d’impro, si des morceaux sont enchainés ou mélangés- ce qui était le cas si j’en juge par les applaudissements du publics à certains moments.  A ce niveau-là, il devait être vraiment intéressant de maitriser la discographie du groupe (pas si longue, une quinzaine de disques pour 40 ans d’existence). Certains passages sont plutôt orientés jazz, d’autres krautrock (j’ai particulièrement apprécié un long passage répétitif en deuxième moitié de set), d’autres Rock Progressif style Yes, mais sans les solos démonstratifs. Quasiment tous le set se faisait sur un tempo très soutenu, avec des passages ultra techniques pour chacun des musiciens, mais sans que cela ne soit mis spécialement en avant, comme partie intégrante de la construction du morceau, excepté à la toute fin du set où il y aura une mise en lumière particulière sur le xylophoniste, le claviériste et le guitariste. Cela donnait l’impression d’une grande cohésion dans le groupe, plutôt qu’une association  d’egos, et j’ai vraiment apprécié ce concept finalement assez rare dans les groupes de ce style. 

 

f       h

 

C’est aussi cela qui rendait acceptable le concept de batteur leader (1), il n’était pas question de solo (ou alors un solo permanent ?) ou de performance où les musiciens lui serviraient uniquement de faire valoir, mais bien de compositions s’appuyant principalement sur une batterie dirigeant les changements de rythme, de mouvements, de nuances. Le set de Christian Vander est d’ailleurs plutôt modeste (surtout en comparaison des usines à gaz habituelles dans le rock Prog), mis à part la forêt de cymbales qui l’entoure. Il se servira principalement de sa caisse claire, de deux ride et deux crash, pour un jeu à la fois exceptionnel et original. J’ai évidemment observé et écouté avec grande attention les différents marquages de temps forts, contretemps, changements de rythmes complexes, nuances fines sur les cymbales et autres coups de baguettes en soutien aux autres partitions, le tout sur un tempo on l’a dit le plus souvent très rapide. Les autres musiciens sont bien sur tout aussi impressionnants, et voir l’un ou l’autre se mettre en synergie avec la batterie sur des rythmes alambiqués laissait imaginer le travail effectué en amont par le groupe. C’était particulièrement frappant pour le chant, même s’il a été en règle générale ce que j’ai le moins apprécié. Le côté langage inventé vite oublié (après tout cela aurait pu être du croate ou du breton), j’eus plus de mal à apprécier l’aspect lyrique du chant du tenor et des sopranos. Il y eu cependant d’excellents moments dans des parties plus rythmiques, où les chanteurs se répondaient sur des syllabes répétitives dans une progression chorale envoutante.

 

g         e

 

Même le xylophone, instrument regardé avec suspicion par tout amateur de rock se respectant, n’était pas gênant, s’intégrant la plupart du temps sans dommages aux chansons au même titre que ses collègues. Si l’on tient compte que je ne savais rien du groupe, que je ne suis ni connaisseur ni amateur du style, et que l’ambiance sonore resta assez constante tout au long du set, j’ai plutôt passé un bon moment. Si je n’ai pas été transporté ou ému, j’en suis ressorti malgré tout très impressionné. Les rares interventions du groupe à l’égard du public étaient cordiales et détendues, cassant l’effet assez sérieux de la musique (2). Le Transbordeur, bien plein pour l’occasion, a même eu droit à deux rappels, dont un calme morceau final sans batterie, où Christian Vander viendra chanter sur le devant de la scène avec ses trois acolytes. 

 

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Concert de vieux sans première partie oblige, il n’est que 22h30 quand les lumières se rallument. Trop tard malheureusement pour trouver à bouffer dans notre quartier de la Guillotière, nous abandonnons après 5 ou 6 demandes infructueuses dans les bars du coin. Ce n’est que partie remise, gageons que Fred saura me sortir du chapeau d’autres improbables concerts, pour me sortir un peu de ma zone de confort musicale habituelle. Sur ce coup là, il a quand même fait très fort…  

 

(1)    Avec le fait que Christian Vander, quoi que prenant le chant lead de temps en temps, avec une belle voix d’ailleurs, ne le faisait qu’en ayant abandonné sa batterie.

 

(2)    un truc qui me fait toujours un peu fuir, et qui explique que, dans le même registre, je sois assez fan de ces déconneurs de Gong.

 

Setlist :  Ëmëhntëhtt-Ré (inclus Hhaï / Zombies) -  Theusz Hamtaahk // Kobaïa // Ehn Deiss

 

presque toutes les photos sont de Pirlouiiiit, prises sur concert and co.

 

extrait du concert de samedi:

 

deuxième titre joué, en intégralité (merci Maxime):