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Dernière étape pour ces Loved Lives,  et quoi de plus normal que de finir cette rubrique comme elle avait commencé : en rendant hommage à l’un des plus fabuleux groupe de scène que le rock ait connu, les Smashing Pumpkins, pour leur dernière tournée (tout du moins avant leur pseudo reformation). J’avais prévu initialement d’évoquer Automatic, principalement parce que c’est un « vrai bootleg » au son irréprochable, et pour quelques titres sympathiques de début de tournée comme « Age of Innocence »  (mon morceau favori  de Machina), « Blew Away » (rareté de James Iha figurant sur le Pisces Iscariote) et surtout « Join Together », jolie reprise d’un de mes titres préférés d’un de mes groupes préférés (les Who). Finalement, j’ai changé d’avis au profit de ce Once In My Lifetime bricolé maison (1), dont la setlist et l’interprétation des morceaux sont plus originales, et qui a aussi l’avantage d’avoir laissé une trace indélébile dans ma mémoire, et pour cause : j’étais présent à Bercy en ce fameux jour d’octobre de l’année 2000.

 

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J’avais été un petit peu déçu lors de la sortie de Machina / the Machines of God, qui sera le dernier album de la formation originale des Smashing Pumpkins. Difficile de tenir le niveau des deux splendides disques précédents, un coté assez inégal (avec  l’apparition de chansons vraiment mauvaises) et puis sans doute un intérêt déclinant de ma part, porté vers d’autres groupes émergeants après 5 années d’exclusivité.  Il n’était pourtant pas question de snober la tournée qui s’annonçait : ma frustration d’avoir raté toutes les précédentes par manque d’argent et par un isolement dans la grande ville la moins rock de France était intense, et j’avais enfin quelques sous pour envisager l’achat d’un billet de concert et d’un déplacement en train vers Paris. Car si les Pumpkins s’étaient enfin décidé à honorer l’Hexagone d’un nombre décent de dates, (dont une à Marseille !), j’avais depuis peu déménagé à Metz pour mes études. J’eus la chance de pouvoir compter sur mon pote Martin (2) pour me loger et m’accompagner à Bercy, et c’est ainsi que j’organisais un excitant aller-retour pour enfin voir sur scène le groupe qui comptait tant pour moi, encore à l’époque.

 

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Je me souviens que l’attente avait été longue, et que la densité au milieu de la fosse Parisienne était incroyable. Après une première partie nulle (Sunna), il y avait eu l’un des mouvements de foule les plus énormes que j’ai connus, sans autre raison que l’ambiance électrique qui régnait dans la salle (sans doute un roadie était monté sur scène, ou une loupiote s’était allumée quelque part). J’avais direct perdu Martin, que je ne reverrais qu’en toute fin de soirée. Et enfin une sorte d’intro psychédélique avait accompagnée l’entrée des Smashing Pumpkins sur scène, avant que le rythme lent et martial de « Glass and the Ghost Children » ne lance le concert. Si Machina avait un avantage, c’était bien de remettre à l’honneur la basse, tenue par la superbe Melissa Auf Der Maur en remplacement de la démissionnaire d’Arcy Wretzky. Jimmy Chamberlin avait repris sa place derrière les futs, et sa technique exceptionnelle illuminerait l’ensemble des titres interprétés ce soir-là. James Iha était toujours aussi discret, contrairement à son improbable costume rouge et doré. Et Billy Corgan, radieux, arborait une espèce de tenue à mi-chemin entre la robe et l’aube, toute blanche, du moins pour la partie acoustique. 

 

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Car l’un des intérêts  de ce live est d’avoir, comme par le passé, débuté par une partie acoustique avant de laisser l’électricité parler. Au menu de celle-ci une version très douce de « Today », tube archi connu et pourtant interprétée ici de manière surprenante, et des singles calmes dont une nouvelle version du splendide « to Sheila », en accords, plus rapide et soutenue par une guitare électrique en échos lointains. Cette belle séquence s’achève sur un nouvel extrait de Machina, « Raindrops + Sunshower », prolongée par un solo de claviers et une accélération où Jimmy Chamberlain se chauffe enfin les poignets. Le groupe est renforcé cette fois encore par Mike Garson au piano, dont les interventions tour à tour mesurées ou déjantées (selon sa marque de fabrique, popularisée sur l’album Aladdin Sane de Bowie), souvent pertinentes, pourront s’avérer un peu trop présentes par moment, ainsi que par un claviériste un peu plus dispensable, mais qui aura le mérite d’apporter de nouvelles colorations à certains titres par rapport à leur version studio.  Durant la partie improvisée à la fin de « Raindrops + Sunshower », Billy Corgan est parti se changer et le voilà qui revient avec le même type de robe bizarre, mais de couleur noire cette fois ci, pour lancer d’un expéditif et excellent « Glass Theme » la partie électrique du concert, soit les 3 / 4 restant. Pas le temps de souffler, le groupe garde le même tempo ultra rapide et la saturation pour une interprétation démoniaque de « the Everlasting Gaze » et enchaine avec leur hymne « Bullet with Butterfly Wings », avec cette version toute en percussions qu’ils usaient déjà la tournée précédente. Comme à son habitude, Billy Corgan a imaginé des mélanges étranges, ici avec une improvisation lunatique sur la reprise des talking Heads « Once in a Lifetime », plus tard en faisant précéder le puissant « Heavy Metal Machine » d’une autre reprise, « Rock on » (David Essex). Moments idéaux pour haranguer la foule, tester des effets improbables, faire durer des titres plus de 10 minutes, décontenancer le public, en un mot faire ce pourquoi le fan est venu. Si les extraits de Machina / the Machines of God sont plutôt bien sélectionnés, ceux puisés dans le Machina II / The Friends & Enemies Of Modern Music sorti dans la foulée (mais uniquement sur internet, c’est d’ailleurs le premier du genre il me semble) sont plus inégaux, d’autant que l’émouvante ballade « If there is a God » sera interprétée au clavecin, ce qui gâche un peu tout.

 

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La longue partie consacrée aux titres récents s’achève sur quelques classiques, dont mon morceau favori « Tonight Tonight » à l’intro retravaillée qui me fera chavirer de bonheur. Pas autant, pourtant, que le final d’anthologie qui commencera par la réjouissante présence au menu de « Drown », électron libre de la période Siamese Dream que j’ai toujours adoré, comme la plupart des aficionados d’ailleurs. Ce titre sert d’introduction à une épique version de « Porcelina of the Vast Ocean », morceau de mon cher Mellon Collie complètement retravaillé et contenant d’explosifs extraits de « Rocket », des solos furieux,  un avoinage de futs en règle par le Dieu du roulement, et des variations d’intensité aussi nombreuses que les vagues promises par le titre. Le premier rappel sera consacré aux uniques extraits de Adore de la soirée, avec un « Blank Page » un peu timide et un « Ava Adore » gonflé aux claviers pour un final quasiment metal prog. Le deuxième rappel nous gratifia d’un des meilleurs titres de Machina, « I of the Mourning », là encore prolongé d’un final accéléré qui épuisera les dernières forces d’un public en ébullition. Le concert s’achève sur le tube le plus connu du groupe, « 1979 », une version acoustique où Jimmy Chamberlain viendra exceptionnellement prendre une guitare. Une conclusion un peu décevante comparée à certaines démonstrations fleuve des tournées précédentes, mais qui aura eu le mérite de voir le groupe au complet sur le devant de la scène, pour un adieu définitif au public Français.

 

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Enchanté par une prestation grandiose qui aura tenu ses promesse et n’aura pas été avare en titres fétiches (bien que, sur le moment, j’arrivais quand même à regretter certaines absences), je rejoignais une fois les lumières allumées et la cohue un peu calmée mon pote Martin par l’incroyable méthode utilisée à l’antique époque où le téléphone portable n’était pas démocratisé (celle dite du « on se rejoint ici après le concert si on se perd »). La joie d’avoir enfin vu mes idoles l’emportait sur le regret qu’il n’y aurait pas de deuxième fois. Je ne pouvais pas me douter que, environ 15 ans et 150 concerts plus tard, je viendrais prendre une petite bouffée d’adolescence devant un Billy Corgan vieilli et devenu complètement instable achevant une nouvelle fois son concert, comme en clin d’œil, par un « 1979 » nostalgique.

  

 

(1)     Ah, cette courte période où seuls certains chanceux avaient internet chez eux, et où l’on s’échangeait des CDs gravés par la poste ! J’avais reçu ce concert attendu fébrilement de la part d’une giga fan qui tenait un blog extraordinaire sur le groupe, avec laquelle j’avais brièvement correspondu. Je lui avais ensuite fabriqué une pochette étudiée, comme je le faisais à l’époque pour tous mes  bootlegs récupérés.

 

(2)    L’amateur de JJ Goldman croisé dans la rubrique Tapes Story, qui avait apprécié le Mellon Collie and the Infinite Sadness et avait une ressemblance curieuse avec Billy Corgan. Il avait déménagé lui aussi pour ses études de Marseille vers Paris, ce qui m’arrangeait bien…

 

 

 

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