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ARCADE FIRE - Everything Now

 

Il ne faut pas le blâmer, le soldat Butler, on lui a mis sur le dos une charge trop lourde à porter. En 2004, Funeral était apparu comme une oasis dans un rock indé en voie de désertification depuis la fin des 90’s. Aussi l’album devint il culte malgré ses défauts, aussi Arcade Fire, dernier des mohicans (encore à ce jour) ayant réussi à fédérer grand public et oreilles exigeantes, fut il envoyé au front avec des espérances démesurées. On cria au chef d’œuvre sur le très inégal Neon Bible, on habilla sa déception d’un nouveau terme (grower) pour la sortie de the Suburbs, d’autant plus facilement que ces disques contenaient leur lot de magnifiques chansons. Le soldat Butler tint donc son rang jusqu’à Reflektor, où il subit ses premières blessures. On pouvait louer la prise de risque, regretter la dilution d’une sympathique moitié d’album dans un improbable double concept album aux longueurs indécentes (pléonasme), l’inquiétude était de mise. Everything Now confirme les doutes : Arcade Fire a déserté le champ de bataille, abandonné larmes et cœur qui bat pour enfiler un costume à paillettes et se mesurer sur le dancefloor aux maitres du disco dans des joutes autrement plus fun.

C’est déjà un coup dur, mais le pire est qu’il ne fait illusion dans ce domaine que sur le single « Everything Now », lançant un album qui aurait pu être un savoureux  plaisir coupable. Hélas, la suite aura prouvé qu’il ne suffit pas d’habiller sa pop d’un son electro douteux et de basse sautillante pour se montrer à la hauteur d’Abba, producteur en chaine de tubes irrésistibles. Rien à se mettre sous la dent jusqu’à,  peut-être, « Put your Money on Me ». Ennui total dans le meilleur des cas, vaste blague dans le pire (« Chemistry », catastrophique), sans compter les horripilantes interventions de Régine Chassagne qui chantait déjà très mal du temps où Arcade Fire était bon. Le soldat Butler est donc mort et enterré en ce qui me concerne, et comme on a encore jamais vu de résurrection dans ce cas précis, on lui prédit un beau destin à la Coldplay et beaucoup de visites de stade.

 

 

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 Thurston MOORE - Rock N Roll Consciousness

 

Le temps semble loin où Thurston Moore nous avait surpris avec son Demolished Thoughts. Car la surprise, c’est bien ce qui manquera essentiellement à ce Rock N Roll Consciousness par ailleurs impeccable. Si les arpèges tarabiscotés sont toujours aussi plaisants, si les développements répétitifs sont toujours aussi maitrisés (avec évidemment les roulements habituels du batteur Steve Shelley en soutien), les détours pris par l’excellent Thurston Moore Band sur les 5 longues compositions de l’album restent assez prévisibles. En constante auto-citation (en particulier sur un chant qui n’est clairement pas sa priorité), l’ex leader de Sonic Youth reste dans une zone de confort qu’on apprécie beaucoup. Pas suffisant toutefois pour marquer durablement, d’autant que dans le genre il avait fait mieux il y a trois ans avec the Best Day.

 

 

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The JESUS AND MARY CHAIN - Damage and Joy

 

A l’écoute de Damage and Joy, on en est certain: les frères Reid ont eu besoin de renflouer les caisses, donc de faire une tournée “nostalgie”, et fatalement de la justifier par un nouvel album. Ils reprennent tranquillement les choses là où ils les avaient laissées 20 ans auparavant, déroulant leur savoir-faire sans se fouler mais sans trop se vautrer non plus. Ce qui n’est bien sûr pas suffisant lorsqu’on a marqué une époque révolue et surtout lorsqu’on a inspiré une cohorte de groupes ayant plagié jusqu’à l’écœurement le son des écossais ces dix dernières années. Ringardisés par des petits jeunes même pas nés à la sortie de Munki (l’album précédent datant de 1998), c’est injuste mais c’est la dure loi du rock : il eut fallu que les  J&MC se renouvèlent totalement et accouchent d’un chef d’œuvre pour rappeler qui étaient les patrons. Telle n’étant pas leur intention, nous nous contenterons donc de quelques chansons brillantes comme « Song for Secret » ou « Can’t Stop the Rock » (j’ai globalement plus apprécié les titres avec les charmantes secondes voix féminines) noyées dans un album honnête, navigant entre chansons basiques mais efficaces et vague impression d’ennui, et qui aurait gagné de toutes manières à être amputé de 3 ou 4 titres vraiment paresseux (« Los Feliz (Blues And Greens) »). Et là le non fan que je suis ne peut s’empêcher d’ajouter : comme tout leur disques, finalement.