PUBLIC SERVICE BROADCASTING - Every Valley

 

En consacrant Every Valley au thème des Mines de Charbon du Pays de Galles, Public Service Broadcasting rendait encore plus difficile le défi d’être à la hauteur de l’excellent the Race for Space, précédent album sublimé par un sujet autrement plus porteur : la conquête spatiale. L’auditeur reste en terrain connu sur une majorité des morceaux, principalement dans la première moitié du disque. On retrouve des rythmiques dynamiques et répétitives apportant un côté electro d’un côté, et des lignes de clavier ou de guitare mélodiques pour le côté rock, le tout accompagné de la marque de fabrique du groupe, des extraits de discours ou dialogues en guise de chant, et des arrangements luxueux tout en cuivres et cordes classiques. Tour  à tour groovy quand la basse prend le premier rôle (« Go to the Road »), mélancolique (« Mother of the village ») ou juste superbe (« They Gave me a Lamp »), ces titres  dessinent un bel album cohérent, celui qu’on s’attendait à entendre. Cette impression est cependant sacrément mise à mal par quelques passages beaucoup plus étonnants. Il y a un « All Out » extrêmement rock, tout en tension, grand écart stylistique avec les titres l’entourant, et une première alerte sur le très pop « Progress » où Tracyanne Campbell est conviée pour un inhabituel chant mainstream. Ces deux morceaux ne choquent toutefois pas trop, le premier étant excellent et le deuxième musicalement très proche de ce qui a précédé. C’est sur les autres featuring vocaux que l’album va perdre de sa cohérence et flirter avec le mauvais gout, que ce soit « Turn no More » aux accents prog 90’s ou le soft jazz « You + Me » vraiment trop mièvre. Quelques ratés qui n’handicapent pas complètement le potentiel d’Every Valley, surtout si on étudie un peu les intentions du trio Londonien. 

Public Service Broadcasting étant le genre de groupe à envisager un concept album avec le plus grand des sérieux, on est évidemment tenté de creuser un peu l’histoire qu’ils ont voulu raconter. Celle-ci explique bien l’enchainement des morceaux, et la différence notable entre les deux moitiés du disque. On attaque plein d’espoirs par la révolution industrielle, l’accroissement de la demande en énergie et l’âge d’or du charbon, conférant malgré les conditions de travail une importance sociale à l’ouvrier (« People will always need Coal », et le discours de recrutement évidemment très ironique avec le recul). Puis le développement de l’électricité et les premières difficultés, avec le morceau central « All Out » (évoquant les gigantesques grèves du secteur, d’où sa tension) en point de bascule, puis la fermeture et la disparition progressive de toutes les mines et la vie qui les accompagnaient : c’est la deuxième partie du disque où l’on retrouve ces titres chantés un peu tristes, et le final terriblement mélancolique, avec notamment un dernier morceau interprété a capella par un chœur d’hommes en guise d’oraison funèbre.  Au-delà de l’aspect historique, Public Service Broadcasting réussi à s’attacher à la fois à l’humain en décrivant sur certains titres le ressenti d’un mineur, mais aussi à interroger le rapport au travail et à l’industrie dans tous les domaines et par-delà les époques, la profession de foi de « Progress » ou la place des femmes sur « They Gave me a Lamp » restant évidemment des questionnements actuels. 

A défaut d’être un disque véritablement enthousiasmant comme a pu l’être the Race for Space, Every Valley reste un album intelligent et agréable, et confirme Public Service Broadcasting comme un groupe à suivre sans faute.

 

And about the pits being "the mother of the village"
And all these phrases that sound all very romantic
But they're not romantic at all, they're true

 

 

 

UZUL PROD - Continental Drifts

 

Le concert de Why aura au moins eu comme avantage, outre le fait de passer une bonne soirée en compagnie de Fred, de me faire découvrir un groupe en dehors de mes sentiers battus. Tellement en dehors d’ailleurs, que la chronique de Continental Drift va en être difficile, puisque je manque sacrément de références et de vocabulaire pour le décrire judicieusement. On est ici à la frontière entre le Trip Hop, l’electro, l’ambient, l'indus et le Hip Hop, une sorte de Archive des débuts (pour me raccrocher à un groupe que je connaisse), en beaucoup plus éclectique. Uzul Prod réalise un savant mélange musical, dosant habilement les grosses basses du dub, la batterie répétitive de l’électro-rock (qu’importe qu’elle soit tantôt réelle tantôt programmée, son jeu relativement élaboré n’est pas pour rien dans mon accroche à ce disque), les scratches et samples du trip hop, la guitare du rock (souvent mélodique, parfois dissonante) et une touche d’originalité avec des instruments orientaux et de l’accordéon, pour construire une ambiance assez sombre sur laquelle s’appuieront les nombreux chanteurs invités. Si quelques morceaux sont véritablement chantés, et quelques autres instrumentaux (très bons « Continental drifts » et « Deflexion »), la plupart accueillent un flow hip-hop qui s’intègre remarquablement à l’ambiance inquiétante développée par Stéphane Bernard, producteur et principal artisan d’Uzul Prod, et ajoutent un surcroit d’agressivité qui parachève un tableau qu’on imagine post-apocalyptique, sans savoir si les textes sont à l’avenant (dur de saisir un tel débit de paroles quand on n'est pas anglophone). Au final un disque rythmé et prenant, hanté par des chuchotements fantomatiques et des accents étranges, qui nous emmène loin de nos foyers et nos habitudes.