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Au milieu de notre petit groupe, devant la scène du Marché Gare, j’étais un peu fébrile malgré les boissons houblonnées déstressantes ingurgitées avant et après un échauffement sympathique mais peu marquant (1). Le voyage allait-il être à la hauteur de mes espérances ? Les trois membres de Public Service Broadcasting, au look de scientifiques des années 70 (grosses lunettes, coiffures sages, costumes cravate ou noeud pap datés…) se plaçaient chacun à leur poste et vérifiaient leurs instruments. Denis, expérimenté (c’est lui qui m’a initié), m’avait rassuré quant au matériel utilisé par les Londoniens : du concret, cuivre cordes peaux, et non de simples platines triturées qui enlèvent tout intérêt à une prestation live. Ce que je découvrais en plus avec admiration, c’est que chacun des musiciens était un véritable cador sur son instrument : Wrigglesworth est un batteur comme on les aime, capable d’envolées incroyables au sein d’un titre où il aura tenu un rythme simple tout du long, JFAbraham assure la portance par une basse groovy à souhait, quant au Captain Willgoose il planque sa maitrise redoutable de la guitare derrière un poste de pilotage digne d’une navette Saturn V (ordinateur, clavier, pédaliers gigantesques sur lesquels il pianote en permanence) et un air flegmatique tout britannique. Chacun aura ses passages glorieux qu’il serait trop long de lister ici, mais le titre où le trio complet sera le plus scotchant techniquement fut un « Gagarin » funky exécuté en fin de mission.

 

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Non seulement Public Service Broadcasting se sert de vrais instruments pour son electro rock retro futuriste, mais encore la diversité de ceux ci enchante, Captain Willgoose empoignant tranquillement un banjo de temps en temps quand JFAbraham viendra régulièrement agrémenter un morceau d’un cornet à piston au son magnifique (2). Sans être foncièrement différentes des versions studio, les chansons de ce soir acquéraient ainsi un nouveau relief, surtout celles de the Race for Space, ce qui est paradoxal, le premier album étant un peu plus rock que celui-ci. Décollage en douceur sur « Sputnik », je mets un peu de temps à réaliser que nous avons quitté notre époque et notre bonne vieille terre, sans doute parce que le début de l’aventure est constitué de titres que je n’avais jamais entendu. Et puis le charme opère, entre mélodies accrocheuses, spectateurs du premier rang ultra motivés et interventions goguenardes d’un Captain qui ne communique que via des messages préenregistrés lancés avec adresse depuis son Ordi, ce qui est marrant et un peu dommage aussi. Soudain « Valentina » débarque sur l’écran géant diffusant en continu des films pour illustrer chaque chanson, et si le titre ne faisait pas forcément partie de mes favoris, il sera sans doute le moment le plus fort de la soirée. Nous voyons la première femme dans l’espace, occultée par le célèbre Yuri, s’entrainer, être encouragée puis honorée par ses compatriotes, et son sourire lumineux soutenu par les merveilleux arpèges de guitare me feront monter les larmes aux yeux. Le mélange des enregistrements d’époque jouant sur la nostalgie, et du côté magique de l’exploration spatiale, procure des sentiments intenses au voyageur chanceux du Marché Gare, et c’est sans doute ce qui est le plus frappant chez Public Service Broadcasting : arriver à faire cohabiter à part égale danse et émotion dans un style qui privilégie habituellement plutôt la première.

 

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Il est temps d’aborder l’enchainement le plus formidable de la soirée, le tube « Spitfire » franchissant le mur du son pour nous amener vers le chef d’œuvre « the Other Side » décrit avec enthousiasme il y a peu sur ce blog, moment qu’on aurait voulu prolonger. Mais déjà c’est l’heure d’y aller, Denis Go ! Juliet Go ! Xavier Go ! Rémi Go ! Fred Go ! il faut lancer ses dernières forces sur cet irrésistible morceau qui clôture superbement le set. Après avoir salués leurs troupes (via ordinateur, bien sûr), nos trois héros reviennent avec deux tubes supplémentaires gardés bien au chaud, « Gagarin » puis le visiblement très attendu « Everest » qui achèvera de me convaincre d’acquérir l’album Inform – Educate – Entertain. Un passage au stand merchandising douloureux pour les finances tant pour une fois tout y est superbe : gros craquage des potes qui dépensent et font dédicacer à gogo, je surenchéri avec deux objets collectors pour les enfants en sus de mon traditionnel vinyle et du premier CD. Mais bon, c’est pas tous les jours qu’on participe à la conquête lunaire…

 

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(1)   Pratos, trio clavier/guitare/batterie évoquant Death in Vegas en moins inspiré, et dont j’ai préféré les morceaux psychédéliques où le musicien central délaissait sa guitare saturée au profit de nappes de saxo en sourdine.

 

(2)   Comme celui d’une trompette, mais plus doux, moins fanfare…

 

Setlist: Sputnik – Theme from PSB – Signal 30 – Night Mail – Korolev – E.V.A – Valentina – ROYGBIV – If War should Come – Spitfire – the Other Side – Go! // Gagarin - Everest