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PROTOMARTYR - Relatives in Descent

 

Moins percutant que Under Color of Official Right, moins marquant que the Agent Intellect, Relatives in Descent laisse entrevoir les différents dangers guettant Protomartyr : le bavardage, la tentation technique, la surproduction ou la redite (qui vont souvent ensemble). On n’en est pas encore là, et le groupe de post punk abrasif a gardé pour sa troisième sortie en quatre ans quelques bons uppercuts en réserve, surtout en deuxième moitié de disque. S’appuyant toujours sur une basse très solide (« Corpses in Regalia ») mais laissant à chacun une espace d’expression,  les titres déploient souvent leur puissance mais sont surtout efficaces lorsque le chant caractéristique de Joe Casey se teinte d’une sourde émotion, mélange atypique et assez caractéristique du groupe (« the Chuckler », « Half Sister »). Plus sombre que ses prédécesseurs (excellent « Night-Blooming Cereus »), Relatives in Descent, sans parvenir à les surpasser, reste suffisamment accrocheur pour maintenir Protomartyr dans les groupes à suivre.

 

 

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 Jeremy ENIGK - Ghosts

 

L’annonce d’un nouvel album de Jeremy Enigk m’a surpris autant que réjoui : il n’avait donné aucune nouvelle depuis le passable OK Bear en 2009, avant que je ne vois en video un mini concert où il interprétait, après quelques titres de son extraordinaire Return of the Frog Queen, une nouvelle composition magnifique qui laissait augurer du meilleur. J’abordais cependant Ghosts prudemment, le style du leader de Sunny Day Real Estate étant parfois à la limite du bon gout.  A l’instar de Mercury Rev, la musique de Jeremy Enigk est savoureusement mélodique, mais peut parfois se laisser déborder par un lyrisme envahissant.

C’est rarement le cas sur Ghosts, le chanteur de Seattle alignant essentiellement des ballades  acoustique aux envolées mesurées, excepté pour une voix parfois limite (mais c’est aussi cette interprétation sur le fil qui me touche chez lui…) Dans le meilleur des cas cela donne « Ancient Road »,  ce fameux titre entendu sur internet, un bouleversant exemple des qualités formidables du  songwritter. Dans le moins bon, des trucs un peu plan-plan comme le lent « Empty Row » ou le quasi Coldplayen « Onaroll ».  Ghosts navigue tranquillement entre les deux, offrant un moment plaisant et quelques perles supplémentaires à une discographie inégale.

 

 

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DIRTY FENCES - Goodbye Love

 

Découverts au TINALS lors d’une prestation détonante qui avait fait honneur à leur réjouissant premier album, les Dirty Fences nous reviennent sans changer leur formule Rock N roll primaire au tempo soutenu. Démarrant sur quelques accords Stoniens et évoquant régulièrement les Ramones (« I can’t Sleep at Night »), Goodbye Love n’a pas d’autre prétention que balancer une tranche de pur fun, rachetant ainsi quelques groupes actuels prometteurs s’étant fourvoyés en tentant d’habiller leur rock indé initial d’oripeaux intellos. Rien de tout cela chez les Dirty Fences, on reste dans l’humour et l’efficacité, certains extraits étant même, n’ayons pas peur des mots, de vrais tubes (« Blue Screen »). Une dose de fraicheur expéditive - demi-heure chrono - conclue de belle manière par un slow à l’ancienne, porté par la gouaille d’une chanteuse à la voix délicieusement éraillée.

 

 

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VALPARAISO - Broken Homeland

 

Suite à la défection de leur leader, Jack the Ripper avait convoqué différents chanteurs pour sortir en 2009 We Hear Voices ! sous le nom de the Fitzcarraldo Sessions. Un disque que j’ai tellement écouté que j’en avais retenu une belle cohérence, une impression loin d’être immédiate puisque l’article que j’avais rédigé à l’époque et que j’ai récemment relu, tout en louant la qualité de l’album, regrettais un peu la dispersion due à l’effacement du groupe au profit de chanteurs d’horizons et de style divers. Si je l’évoque ici, c’est que cette même  impression m’a sauté aux oreilles lorsque je découvrais Valparaiso, suite directe des aventures d’un groupe au line up modifié, ce qui a sans doute motivé le changement de nom. L’avenir dira si je finis par voir dans Broken Homeland un tout plutôt qu’une compilation de belles chansons, mais la tâche est paradoxalement rendue difficile par les personnalités fortes des invités au micro : Howe Gelb, Dominique A ou Rosemary Standley, des voix inimitables qui renvoient instantanément à leurs discographies respectives, la palme de l’insolubilité dans le collectif revenant aux deux chansons avec Shannon Wright, évidemment très bonnes mais qu’on peine à envisager autre part que sur l’un de ses propres disques. Il est d’ailleurs notable que Marc Huyghens ou Phoebe Killder soient les participations qui semblent les plus naturelles, leurs voix paraissant plus neutres que celles précédemment cités (mais peut être est ce tout simplement que je ne connais absolument pas leurs groupes respectifs).  Marc Huygens figure d’ailleurs sur deux des meilleurs extraits de Broken Homeland, « Blown by the Wind » qui ressuscite Jack the Ripper l’espace d’un morceau (1), et la magnifique et sombre ballade « Dear Darkness ». 

Car malgré les réserves préalables, les chansons présentées sont agréables, voire excellentes, à l’image d’un « Rising Tides » d’ouverture où le duo Howe Gelb / Phoebe Killder pose d’emblée l’ambiance acoustique feutrée et délicate qui va nous accompagner l’espace de 12 morceaux (j’aimerai oublier le très crispant « Le Septième Jour » qui handicape fortement l’album et qu’il faut absolument zapper pour en conserver le parfum mélancolique). Dès lors, si je peine à imaginer que Broken Homeland ait un destin similaire à son illustre prédécesseur (pour ma platine), je ne m’interdis pas de venir régulièrement parcourir quelques pistes sauvages et poussiéreuses, telles le bâtiment abandonné figurant sur le bel artwork du disque. Et Je ne serais pas contre une prestation live en si belle compagnie, et pourquoi pas un EP complet avec Howe Gelb, comme ce fut le cas il y a deux ans avec Phoebe Killder. On imagine aisément la classe folle que pourrait avoir cet hypothétique enregistrement…

 

(1)    C’est d’autant plus étonnant que c’est le seul dont la musique n’est pas écrite par Valparaiso