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Ce Jeudi soir, j’avais lâchement abandonné mes obligations familiales pour rejoindre en catimini le Transbo Club avec une chouette nana. Au programme, un concert sous le signe de l’amour. Tout d’abord celui qui émane de la radieuse Morikan, accompagnée d’un guitariste discret et précis. Des chansons romantiques, joliment écrites par une jeune femme qu’on sent experte en la matière, dans ses discours malicieux, dans son regard pétillant, clamant avec assurance la maxime du célèbre philosophe Patrick Hernandez : « nous sommes nés pour être vivant ». Et de reprendre l’unique tube de l’hédoniste dans une séduisante version mandole / voix. Une remarquable chanteuse pour un moment charmant et chaleureux.

 

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Après la thèse, voici l’antithèse, l’autre versant de la médaille de Cupidon, celui des douleurs au bide et des soirées solitaires sur facebook, celui des gueules de bois et des colères pathétiques, bref : place au cynisme d’Erwan Pinard. Avec la même formation trio que pour le concert à l’Autre Côté du Pont en début d’année, le chanteur Lyonnais balance logiquement une setlist similaire, à quelques exceptions près : si l’une de mes chansons favorites, « J’entends des Voix » est laissée de côté au profit d’un violent « Mon Voisin de Caddie » de circonstance en cette période de Noel, nous aurons droit à deux tout nouveaux titres, « Sourd » et « Crever (l’abcès) », qui laissent supposer qu’Erwan a encore le cœur en vrac et le moral en berne. Pour le reste ce sera toujours ce mélange explosif de chanson et de punk, de tendresse et de tensions, de fureur et de folie, le tout entrecoupé d’interventions salées à l’humour caustique, entre tranches de vie d’un prof de musique désabusé et invective à un public qui en redemande (notons la présence d’une belle bande de Pinardettes ultra motivées au premier rang). La scène du Transbo aura donné en plus un espace de jeu plus confortable au trio qui ne se sera pas privé de l’employer au mieux, et les moyens techniques un équilibre sonore plus abouti permettant de mieux savourer les différentes évolutions des chansons (1) et l’accompagnement subtil et très varié des frères Aubernon. Etonnant d’être une nouvelle fois touché par ces trois gaillards « beaux du dedans », qui, entre deux interventions scatophiles du chanteur qui n’a décidément aucune limite, balancent sans en avoir l’air de purs moments poétiques.

Danser un slow langoureux sur « S’il ne reste » avait peut-être quelque chose d’ironique, mais qu’importe : je garderais en tête les avertissements des chansons d’Erwan, mais en rejetterais la fatalité. Avec Mélaine on a du vécu, que l'on apprécie peut être d’entrevoir dans ce miroir déformant, lunatique et échevelé. Pour mieux le quitter et terminer, ensemble, cette bonne soirée. 

 

(1)   Chance pour les habitués, Erwan Pinard semble détester la routine et imagine régulièrement de nouveaux arrangements ou transitions pour ses spectacles.

 

Setlist : Tranquille  - Laisse-moi  - Compte à rebours – J’élabore – Eau de Vie – Sourd - Je ne dirai plus – Profs – Centre-Ville – S’il ne reste – Mon Voisin de Caddie - Fleur d’Oranger – J’ai l’amour – A Quoi Bon - Thèse/Antithèse – O Solitude  - Portrait Chimique d’un Cerveau Amoureux – Colère  // Que ta Volonté - Crever (l’abcès) – Coaching bien être