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Excellente nouvelle que la venue de Protomartyr  au Marché Gare, tant les Américains nous régalent depuis 2014 et la sortie de Under Color of Official Right, album qui m’avait d’emblée accroché et qui est resté mon favori, les deux suivants étant cependant fort recommandables et se bonifiant même avec le temps. Aucun morceau à jeter dans leurs parutions, une qualité rare qui sera encore démontrée ce soir avec une setlist équilibrée et forcément attrayante. Je suis loin d’être le seul à me réjouir de ce concert qui, s’il n’est complet, a attiré moult habitués des salles lyonnaises. Je ne vais pas écrire que je connaissais la moitié du public, affirmation quelque peu Marseillaise qui m’aura valu les moqueries de mes compères, mais j’ai certainement salué une bonne vingtaine de personnes. A commencer par Messieurs Fred et labUze, qui avaient pris place dans ma bétaillère aux environs de 20h, de quoi être largement à temps pour la première partie, malgré des discussions à notre arrivée avec plusieurs amis dont Arnaud et Claire, venus en mode découverte totale. 

 

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On ne loupera donc pas une miette de Korto, et c’est tant mieux puisque j’ai été complètement emporté par leur prestation.  S’ils empruntent des sentiers relativement connus, mélangeant Math Rock (les rythmes), Rock Psyche (le chant) et Krautrock (les longues parties instrumentales hypnotiques), quelque part entre King Gizzard et Mars Red Sky,  le jeune trio Savoyard est suffisamment carré, puissant et inspiré pour dérouler un set enthousiasmant de bout en bout, sans temps mort et avec assez peu de redondance.  A leur écoute je me rappelle que cette formule trio a toujours eu ma préférence, avec la batterie pour la frappe sèche et précise, la basse pour donner corps et la guitare qui peut s’appuyer sur cette solide charpente pour faire ce qu’elle veut, des arpèges les plus délicats aux gros délires saturés évoquant parfois le Yo La Tengo de la bonne époque. Après une série de longs morceaux de plus en plus captivants qui m’auront sévèrement agité la nuque, j’ai la certitude d’acquérir leur album, timidement proposé par le chanteur, mais brillamment défendu sur scène.

 

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La pause est évidemment fort animée, avec notamment l’arrivée de l’ami Ben, et il s’en faut de peu pour que je ne loupe le début du concert des Protomartyr, qui sont déjà sur scène quand je me faufile tout devant au travers une fosse remplie mais peu dense. On retrouve donc le batteur concentré (Alex Leonard), le guitariste au regard absent (Greg Ahee), le bassiste balancier (Scott Davidson) et bien sûr Joe Casey aux avants poste, les poches de son imper bourrées de canettes de bière. Si l’interprétation des musiciens est sans faille, fidèle aux versions studio mais avec un bonus de hargne scénique, c’est bien le charisme du chanteur qui donne toute sa supériorité au groupe, avec son air de jeune Frank Black, de David Thomas ou de Mark E Smith selon les affinités. En tout cas un gars sans faux semblant qui se donne entièrement au rock et qui finira probablement assez mal, même si on décèle dans ses rares interventions un brin de timidité (1), disparaissant dès qu’il empoigne son micro et y crache ses longues histoires désabusées. Le concert débute par « My Children », morceau de Relatives in Descent démarrant tranquillement pour mieux s’accélérer progressivement et constituant donc une rampe de lancement parfaite, poursuivie avec l’explosif « I Stare at Floor ». Un bon extrait bien abrasif d’Under Color of Official Right, album qui sera assez bien représenté ce soir pour mon plus grand plaisir. « Don’t Go to Anacita », l’un des titres les plus efficaces du dernier album, en remet une couche, et l’arrivée dans la fosse de Claire, THE Miss Rock N roll, ajoute la touche de folie contagieuse manquante jusqu’à présent dans le public. On pourrait citer chacun des nombreux extraits de Relatives in Descent interprétés, comme « Male Plague » qui termina de me transformer en headbanger zombie. Lorsqu’éclate « the Devil in His Youth », meilleure chanson de the Agent Intellect, apparait subitement derrière moi un petit gars arborant moustache, boucle d’oreille et casquette sur la tête, et surtout son légendaire et immense sourire bienheureux. Gary (vous l’aviez reconnu) dont on commence à se demander s’il ne serait pas le diable en sa jeunesse du titre, puisque son arrivée déclenche immédiatement le premier gentil pogo de la soirée, qui comptera dans ses troupes, comme de bien entendu, Maxime, alias le Tigrou des fosses Lyonnaises.

 

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L’enchainement des titres est remarquablement maitrisé, pas une minute de respiration excepté les quelques pauses que le groupe accorde à Joe pour lui permettre de décapsuler une nouvelle canette et déblatérer dans la barbe qu’il n’a pas quelques discours et remerciements embrumés auxquels je n’ai rien pané. La deuxième partie du concert se teinte de ces moments d’émotion improbables propres à Protomartyr, avec le fabuleux « Clandestine Time » dont je remarque avec satisfaction qu’on est nombreux à chanter le refrain, et « A Private Understanding » et « Half Sister », qui ouvrent et ferment Relatives in Descent sur cette complainte déchirante « she’s just trying to reach you ! », répété en boucle avant que le groupe ne quitte une première fois la scène du Marché Gare.  Le rappel est expéditif mais composé de deux anciens titres redoutables, avec « Scum, Rise ! » en final parfait. Tout transpirant et encore sous le choc de l’excellent moment passé, je me fais un pote qui tente comme moi désespérément de trouver une des setlist ayant mystérieusement disparu de  la scène, avant de renoncer et de filer au marchandising (2) pour quelques achats et discussion avec le batteur de Korto. Des discussions il y en aura beaucoup par la suite, de quoi m’assurer que la plupart de mes connaissances ont adoré le concert, à l’exception notable de labUze, seul escogriffe à s’être emmerdé (bon sang l’air des montagnes a dû lui ravaler les esgourdes pour qu’il affirme que toutes les chansons de Protomartyr se ressemblassent). Pas mal de bières aussi, enfin surtout pour les copains parce que moi j’avais une bétaillère à ramener. Celle-ci est d’ailleurs fort remplie pour un joyeux retour dont je tairais les détails, mais la tentation fut grande de prolonger la fête dans un bar quelconque, par exemple le Look Bar, lieu de perdition fortement conseillé par Fred. Conscients cependant que se miner la gueule la première soirée d’une longue semaine de travail ne serait pas très judicieux, 80 % de la troupe rentrait sagement à la maison dans un état acceptable. 

 

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Setlist: My Children - I Stare at Floors - Don't Go To Anacita - Win, Always - Windsor Hum - Up the Tower - Male Plague - What the Wall Said - The Devil in His Youth - 3 Swallows - Trust Me Billy - A Private Understanding - Here Is The Thing – the Hermit – Clandestine Time - Come & See - Half Sister // Why Does It Shake? - Scum, Rise! 

 

(1)    Confirmée par les fumeurs ayant discuté un moment avec lui 

(2)    Ledit gentil pote viendra m’y retrouver avec une setlist que je pourrais ainsi photographier

 

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