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Calexico semble avoir inscrit l’Epicerie Moderne comme un passage obligé de leurs tournées puisque deux ans après leur passage suite à la sortie d’Edge of the Sun, ils reviennent défendre sur la scène Feyzinoise the Thread that Keeps Us,  disque récemment paru et chroniqué en ce blog. On ne va pas s’en plaindre, et c’est avec beaucoup de joie que Mélaine et moi abandonnions les enfants le temps d’une soirée pour retrouver la bande de Joey et John. Nous étions transportés par un chauffeur de luxe en la personne du sieur La bUze, dont la buzemobile ne payant pas de mine nous assurait cependant une place à proximité de l’Epicerie, avantage indéniable puisque le concert était une nouvelle fois annoncé complet. Après un rapide passage au bar, nous nous dirigeons vers la salle où la première partie, the Mexican Institute of Sound, en est déjà à la moitié de son set.

 

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Nous arrivons au milieu d’une curieuse chanson mêlant cumbia et chant hip hop en espagnol, interprétée avec conviction par un trio composé d’un chanteur / claviériste au chapeau décalé, un bassiste (celui de Calexico si je ne me trompe pas) et un batteur que je n’ai pas bien vu. Pas le temps de se mettre dans l’ambiance que la scène est envahie par tous les membres de Calexico, venus faire un featuring de luxe sur les deux derniers titres du Mexican Institute of Sound, qui m’ont assez plu, surtout avec l’apport des trompettes. Une preuve aussi de l’accessibilité et de la classe du groupe de Tucson,  Joey Burns étant surtout là pour faire les chauffeurs d’ambiance et assurer l’adhésion et la participation du public au spectacle de sa première partie.

 

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Nous nous plaçons au centre de la salle, plutôt dans le fond puisque dans nos souvenirs le niveau sonore du groupe est important, et patientons avant d’être rejoins par Damien, au moment où les membres de Calexico investissent la scène. Ils sont huit, le line up n’ayant pas changé depuis la dernière fois à l’exception d’une nouvelle recrue en la présence du leader chapeauté du MIS, nommé Camilo, qui sera régulièrement apostrophé pendant le concert par la joyeuse petite troupe mexicaine du premier rang. Il y a donc deux guitaristes, deux claviéristes, deux trompettistes, un bassiste et un batteur pour ce qui est de la configuration commune, les musiciens jouant évidemment de plusieurs instruments (accordéon, contrebasse, slide guitare, xylophone, percussions…) qu’ils feront tourner tout au long du set. Le concert débute par « Dead in the Water », titre assez anodin du dernier album à ceci près que le chant est inhabituellement grave (à tel point que sur disque j’ai douté qu’il fut l’œuvre de Joey Burns), peut être ainsi placé en chauffe vocale, enchainé par deux autres extraits de The Thread that Keeps Us. L’album sera interprété quasiment intégralement ce soir, en alternance avec des titres plus anciens, ce qui constituera une setlist agréable, les seuls passages dispensables étant les courtes ballades « the Town & Miss Lorraine » et surtout « Girl in the Forest », qu’on prendra cependant volontiers comme plages de repos pour nos oreilles rudement sollicitées. Si le son sera bon compte tenu de la difficulté que doit représenter la sonorisation de cette troupe mouvante, on trouvera cependant les trompettes un peu fortes et les secondes voix malheureusement terriblement sous mixées. Les morceaux rock tels « Bridge to Nowhere » prendront avantage à l’interprétation live, ainsi que les titres latino dont « Under the Wheels », lançant véritablement le concert, donnant lieu à la première version revisitée (prolongée de plusieurs solos) de la soirée. Pour finir sur the Thread that Keeps Us, ce seront bien ses deux dernières chansons qui réserveront les meilleurs moments, un « Music Box » tout en finesse et surtout mon titre favori, « Thrown to the Wild », donnant lieu ici à une version magistrale, avec un John Convertino exceptionnel. On en ressort chamboulé, dommage que l’explication de Joey Burns sur les paroles (le sujet étant, en gros, la gentrification) ne fusse coupé par un lourdaud réclamant un titre, ce qui lui arrachera un sourire et un commentaire blasé. 

 

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Calexico avait réservé au fan un choix judicieux d’anciens morceaux courant sur l’ensemble de leur discographie, depuis les excellentes surprises que furent la présence au menu de « Stray », « Ballad of Cable Hogue » ou « Across the Wire » (tirés de the Black Light, Hot Rail et Feast of Wire), jusqu’au récent « Cumbia de Donde », prolongée par de multiples interventions des musiciens (dont un sympathique slam de Camilo), enflammant le public et confirmant son statut de grand classique. Des classiques, comme « Minas de Cobre » ou « Crystal Frontier », qui complèteront une setlist variée, et d’autant plus enthousiasmante qu’elle était presque intégralement différente de celle que nous avions eu il y a deux ans (bien joué et merci les gars). Coté scène, si le bal était toujours mené par le charismatique Joey Burns, rarement le terme de collectif n’aura eu autant de sens que pour ce groupe, tant chacun de ses membres est mis en valeur régulièrement tout au long du spectacle, la bonne humeur communicative habituelle de Calexico étant plus que jamais de mise malgré plus de vingt ans d’existence. Du coup coté public, c’était pas mal la fête aussi (à l’échelle de Lyon), et je n’ai pas vu le temps passer, vivant ce concert comme une parenthèse détendue dans une vie souvent trop trépidante.

 

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Je suis curieux de savoir ce que le groupe nous a réservé pour le rappel. Celui-ci démarre en mode festif, avec ce « Another Space » funky assez irrésistible où le discret bassiste vient s’affirmer comme aussi talentueux techniquement que ses comparses. Vient ensuite une chanson pop rock dont je devine rapidement que c’est une reprise, sans toutefois l’identifier (je lui trouve des faux airs de Bonnie Tyler, il s’agit en fait de « Learning to Fly » de Tom Petty, en hommage au guitariste récemment disparu). Le titre suivant, blues déglingué assez marrant, avait aussi des airs de reprises, mais il s’agissait de « Slag », extrait du tout premier album Spoke. Autre originalité, l’interprétation d’un titre de MIS, une cumbia techno décalée mais bien appréciée d’un public surchauffé, et prêt à participer avec enthousiasme au traditionnel « Guero Canelo », prolongé jusqu’à épuisement pour une dernière tournée de solos et une joute guitaro-vocale entre les spectateurs et Jairo Zavela, renard des scènes démonstratif juste ce qu’il faut. 

Après ce concert revigorant, nous prolongeons la soirée agréablement en discutant avec la quantité impressionnante de personnes que nous connaissons dans le public (autant Mélaine que moi d’ailleurs, et si en plus on rajoute les amis d’amis…). Tout le monde a le sourire, à croire que Calexico a annoncé le printemps !  On fait un dernier passage au bar, mais pas au merchandising (j’ai déjà beaucoup de choses, m’étant offert le dernier vinyle en pack limité dédicacé), ce qui n’est pas plus mal, car une belle note de baby sitting nous attend à notre retour. Qu’importe, la soirée valait largement cet investissement. 

 

Setlist: Dead in the Water - Voices in the Field - Under the Wheels - Across the Wire - The Town & Miss Lorraine - Ballad of Cable Hogue - Bridge to Nowhere - End of the World with you - Flores y tamales – Stray - Thrown to the Wild - Girl in the Forest - Minas de cobre (For Better Metal) - Serenata huasteca - Cumbia de donde - Rosco y Pancetta - Music Box - Crystal Frontier //  Another Space - Learning to Fly – Slag – Es toy  - Güero canelo 

 

 "Music Box", filmé quelques jours avant à Linz:

 

Une grosse partie du concert à l'Epicerie Moderne a été filmée par parakeetia. Ici "Another Space", "Cumbia de Donde" et "Mejico" (titre joué en première partie par MIS + Calexico):