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La dernière fois que j’ai vu Harold Martinez sur scène, c’était au Marché Gare en 2015. Le duo qu’il forme avec le batteur Fabien Tolosa était alors en pleine ascension, défendant un Dead Man bien rock qui avait confirmé les qualités d’écriture indéniables déployées sur Birdmum, leur premier album endeuillé. Forts d’une nouvelle assurance acquise sur de nombreuses scènes de festivals français, Harold avait les moyens de s’imposer en sortant sur cette lancée son troisième disque, en préparation à l’époque. La Grande Faucheuse en décida autrement, son nouveau sale coup laissant Harold sous le choc, logiquement découragé, comme nous en avions discuté brièvement au TINALS en 2016. D’où son absence depuis, sanctionnée par une remise à zéro des compteurs (le revoilà programmé dans des bars comme à ses débuts, les salles plus importantes semblant accorder plus de crédit à l’actualité qu’au talent d’un artiste). D’où ma joie aussi de le voir reprendre la route pour une jolie tournée d’une vingtaine de dates, passant par Lyon à deux reprises.

C’est dans la montée Saint Sébastien, en face du Kraspek Myzik, que je retrouve Harold, en pleine forme et affable comme à son habitude. Au cours de notre discussion, j’en apprends un peu plus sur le prochain album. En réalité celui qui était en cours d’enregistrement et qui devait succéder à Dead Man, très rock et ayant pour thème l’histoire d’un esclave  noir américain, a été laissé de côté, et Harold s’est consacré à l’écriture d’un autre disque dans la veine de Birdmum, enregistré dans les mêmes conditions lo-fi avec son complice Fabien. La sortie de celui-ci, déjà repoussée pour des raisons de financement, est prévue pour Novembre.

 

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C’est dans un Kraspek bien rempli que la première partie, un trio grenoblois, entame son set. Picky Banshees se compose d’un chanteur-guitariste-percussionniste-harmoniciste, un contrebassiste et une chanteuse-percussioniste, ce qui donne d’emblée une idée du style musical dans lequel ils évoluent. Effectivement, la première moitié de concert sera consacrée à du folk-country bien exécuté, bénéficiant de la qualité primordiale pour ce genre laissant peu de place à l’originalité : une voix irréprochable. Chaleureuse, assurée, charismatique, celle du leader des Picky Banshees, joliment secondé par sa comparse, permet une première moitié de concert fort plaisante. J’ai trouvé le groupe beaucoup moins convainquant dans la partie soul-blues qui suivra (où la demoiselle est en lead vocals), avant qu’il ne poursuive  sur deux chansons rock électrique plus maitrisées, mettant à l’honneur les qualités techniques des musiciens et terminant le concert de manière enthousiasmante. 

 

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C’est au tour d’Harold et Fabien de s’installer dans le petit espace qui fait office de scène, sous des spots qui surchauffent une atmosphère qui n’en avait pas vraiment besoin. Les deux Nîmois, sapés avec leur classe habituelle, tomberont d’ailleurs quelques boutons de leur chemise au fil d’un set très énergique ne leur laissant que peu de répit, pas plus qu’à un public de plus en plus remuant. Je retrouve d’ailleurs aux premières loges Alex, amateur de blues / rock à l’ancienne et habitué des petites salles authentiques. Mise en route assumée ou prise de marques en retenue, « Prison Valley » ouvre le concert presque timidement, avant que « Indian Pain » ne remette les pendules à l’heure, d’une manière d’autant plus remarquable que c’est un titre issu de Birdmum, initialement plus acoustique et mesuré que son successeur. En réalité, le duo a retravaillé au fil des années ces morceaux, si bien qu’ils s‘inscrivent aujourd’hui dans la même veine que ceux de Dead Man, la plupart du temps grâce des finals explosifs et à moitié improvisés. Le concert sera dès lors très monolithique, ce qui pourrait être une critique légitime pour un amateur de passage. En connaisseur je serai pour ma part ravi de ces changements et savourerai une démonstration d’une intensité rare, d’autant plus transporté que les deux musiciens semblent prendre un plaisir immense à rejouer en public. Cerise sur la setlist, elle sera composée pour moitié de morceaux extraits des deux albums inédits. Seuls les textes de « Jim Crow Laws » ou « Animal’s Skin » nous laissent supposer qu’ils figurent sur l’album sur l’Esclave, dont la sortie est hypothétique mais qu’on espère vraiment voir le jour tant la fin du concert fut exceptionnelle. Les autres nouveautés ne sont pas en reste, toujours basées d’un coté sur la voix habitée d’Harold et un riff de guitare percutant, de l’autre sur le groove irrésistible de Fabien Tolosa. Il était d’ailleurs fascinant de l’observer jouer sur sa batterie minimaliste (véritable démonstration de caisse claire, entre autres), tout en délivrant l’une des plus subtiles utilisations du pad électronique que j’aie vue, habillant ainsi le lourd rock d’Harold Martinez de teintes mélodiques variées.

 

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A la sortie du bar, sous un déluge surprise, je fais part de mon enthousiasme à Harold et Fabien à l’idée d’entendre sur disque les nouvelles chansons interprétées ce soir, et leur donne rendez-vous dans moins d’un mois au TINALS, où ils joueront le Dimanche dans le Patio. Une date qui risque d’être épique, puisqu’ils reviendront directement de Bretagne, région qu’ils affectionnent particulièrement et qui leur réservera très certainement l’accueil qu’ils méritent.

  

Setlist : Prison Valley – Indian Pain – Dead Man – the Killers Crow – Devil’s Dog – Outlaws – Call of Blood – Black Beast – O Lord – Toxic Swamp – Jim Crow Laws – Unchained Waters – Animal’s Skin // Acid Rain