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Cette journée du samedi est sur le papier la plus faible, il n’y a aucun groupe que j’attende particulièrement à l’affiche, mais je reste ouvert aux potentielles découvertes. Arrivé tranquillement en fin d’après-midi, je fais un passage rapide dans la grande salle intérieure, mais quelques minutes de John Maus suffisent à me convaincre que ce n’est pas du tout mon truc. Je m’installe donc tranquillement dans le Patio en attendant CATHEDRALE, jeune groupe toulousain dont j’avais trouvé l’album plutôt attirant. Revendiquant l’influence du Parquet Courts des débuts, le quatuor délivre un garage rock très efficace, pour un court concert sans temps mort qui aura achevé de me convertir à leur talent. Pas de look travaillé (on les dirait sortis d’une école d’ingé), c’est bien par leur énergie, des compos très carrées, et leur maitrise des pauses / reprises explosives à l’unisson qu’ils s’imposent à un public conquis. Bizarrerie, le guitariste central n’a pas de micro, entouré qu’il est par un bassiste et un leader guitariste tout deux performants en chanteurs hargneux, mais c’est lui qui apportera la nuance par des riffs et des solos travaillés à une setlist assez linéaire.

 

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Après avoir noté mentalement d’acquérir l'album de Cathedrale (Total Rift, 2017), je traverse le site en direction de la scène Mosquito, assez curieux de voir ce que peut donner la prestation de CHOCOLAT, indéfinissable groupe Canadien auteur en 2016 d’un Rencontrer Looloo aussi délirant que son intitulé (et qui s’ouvre par une chanson appelée « On est meilleur que R.E.M », ça pose le truc). Mené par un guitariste élancé à l’improbable veste Alstom, le quintet annonce la couleur avec un style évoquant par petites touches le vieux hard rock des 80’s, entre coupes mulet, casquettes et inévitables moustaches. Contre toute attente, le premier morceau est un monument de rock psychédélique, au final démonstratif qui place la barre très haut : si l’esprit est potache, le niveau technique est impressionnant, notamment le batteur. Par la suite, et jusqu’à un dernier titre qui en remettra plein les oreilles, le groupe exécute fièrement un Hard FM régressif matiné de prog jazzy à la Gong, le tout émaillé d’interventions du leader dans un savoureux Québecquois et de solo de saxophone bien baveux. Mis à part la voix aigüe du chanteur, qu’on entend relativement peu (le volume est timide, et les titres sont majoritairement instrumentaux), le concert est très sympa, surtout dans ce contexte. Le Chocolat est décidément un vrai plaisir coupable…

 

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Changement d’ambiance, FATHER JOHN MISTY vient d’envahir la grande scène. Quand je dis envahir, c’est qu’il est accompagné de 9 autres musiciens, autant dire que pour quelqu’un censé faire du Folk, ça fait beaucoup. Cela dit, même si la plupart du temps ses acolytes semblent fort peu occupés, les passages plus arrangés où trompette, saxophone et autre flute traversière se font entendre sont tout à fait réussis. Pour le reste, FJM n’a besoin de personne pour occuper l’espace : classe, charismatique, et doté d’un charme fou si l’on en croit les nombreuses festivalières nous entourant, le grand barbu planqué derrière ses lunettes noires surjoue le crooner irrésistible et se la pète comme jamais, sans qu’on sache vraiment la part d’auto dérision dans tout cela, mis à part lors de l’apparition sur l’écran géant d’un faux spot de pub caricatural pour son dernier album. Au final, je trouve la plupart des chansons relativement fades sans être désagréables pour autant, et je reste volontiers jusqu’à la fin, n’ayant rien de mieux à écouter. Ce qui me permet d’être  cueilli à l’occasion par un titre plus enthousiasmant, à l’image du très beau « Only Son of the Ladiesman » ou de l’ironique « Mr. Tillman ». 

Il est 22h passées et il y a un gros trou dans la prog, je passe chercher mon casse dalle que je compte savourer en écoutant de loin YELLOW DAYS, groupe de Soul officiant sur la Mosquito. Je me pose tranquillement sous un arbre vers la table de mixage, mais les premières chansons ne sont pas à mon gout : je trouve la voix et la guitare trop aigues et, elles font mauvais ménage avec une fatigue et un léger mal de crane apparu au cours de la soirée. Précisons quand même que Yellow Days a été un coup de cœur pour bon nombre de festivaliers, ce que je ne pourrais commenter, ayant rapidement déménagé dans l’espace doté de coussins moelleux qui me permettra un repos salutaire.

 

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Je suis donc prêt pour un autre concert, mais comme il est hors de question que je me retape une grosse machine commerciale, je zappe Phoenix et tente le coup pour ECCA VANDAL, décrite par mon prospectus comme faisant du punk hip-hop. Pour l’instant, un trio guitare basse batterie, tout de noir vêtu, s’est installé sur la scène et balance un gros son rock, puis Ecca Vandal s’avance, micro en main, salue le public et attaque avec assurance son concert. Quel charisme, je suis bluffé ! La jeune femme, venue d’Australie mais aux origines très diverses, a un look et des attitudes sur scènes plutôt empruntées à la scène pop grand public, mais la musique proposée est un melting pot de hip hop, de metal, de punk et de pop dansante (1), évoquant par moments le Neo Metal des 00’s, mais sans l’esbroufe et la surenchère que j’associe souvent à ce mouvement. Ce doux prénom accolé à un nom de famille brutal reflète à merveille les différentes vagues d’un set dont j’apprécierai chaque moment, avec une préférence toutefois pour les explosions punk sur lesquelles la chanteuse ne ménage pas sa voix, au top dans absolument tous les registres. Tout à la fois extrêmement sérieuse et chaleureuse, cette Riot Girl 2.0 déroule son show avec un aplomb et une maitrise incroyable, dirigeant en quelques coups d’œil et signes appuyés son groupe et ses techniciens et emmenant de son énergie incroyable le public à sa suite (le groupe n’est pas en reste, le bassiste faisant office de bras droit musical de sa leader terminera le concert en nage). Dans les premiers rangs, je ne suis pas le dernier à répondre à ses harangues, sautant ou beuglant à la demande. A la fin du concert, là où le public s’éparpille généralement rapidement pour ne rien manquer, un bon groupe d’irréductibles acclame longuement le quatuor resté sur les lieux pour aider au rangement du matériel. Le bassiste, tout sourire, descend serrer des pinces et remercier les fans, avant que Ecca Vandal elle-même cède à la ferveur et vienne les saluer, se prêtant volontiers à quelques selfies et discussions. Malgré ma tentation de faire la midinette, je laisse les vrais connaisseurs en profiter, reste que l’Australienne sera la plus belle découverte de cette édition et que je ne manquerai pas d’écouter son premier album, sorti l’année dernière.

 

(1)     J’apprendrais après coup qu’Ecca Vandal cite des influences aussi diverses que Bjork, Miles Davis et Deftones, ce qui donne une bonne idée de sa musique. 

 

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A quelques mètres de là, les VIAGRA BOYS viennent d’arriver sur la scène Mosquito. Mené par un chanteur torturé à l’allure laissant supposer un alcoolisme avancé, le torse nu couvert de tatouages (1), le groupe suédois déroule un set dans la plus pure tradition Post Punk, basse ultra présente et gratte saturée intermittente, agrémenté de solos de saxophone éraillés évoquant ceux de Steven Mackay (Stooges). Les titres sont longs, répétitifs, complètement hypnotiques et surtout excellents. Il est dès lors impossible de résister à la tentation de dodeliner, de se trémousser, de sautiller voire de pogoter quand le public décide que la réponse donnée à un tel concert est vraiment trop sage. Ce qui ne fera que s’amplifier jusqu’à un interminable final où les cinq musiciens creuseront inlassablement le même riff tandis que le chanteur manifestera son approbation par des mouvements de tête en rythme et quelques pas de danse hasardeux. Encore une discographie (apparemment très limitée) à creuser… 

(1)     Il a même tatoué sur le front Lös, ce qui selon google trad signifie « en vrac »

 

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Il est donc une heure du matin quand je rejoins la grande scène pour une nouvelle prestation de Ty Segall à Nîmes, la 3eme en 6 éditions. Mes a priori se partagent entre le souvenir du concert raté de 2016 sur cette même scène, et l’agréable surprise procurée par l’écoute de Freedom’s Goblin, cru 2018 du TY SEGALL AND THE FREEDOM BAND. Malgré une longueur indécente, l’album fortement teinté de psychédélisme apporte un renouveau salutaire à une discographie que je croyais définitivement perdue après un Emotional Mugger globalement affreux et un Sans Titre 2017 inintéressant. C’est sur la rythmique lourde de « Wave Goodbye » que le groupe lance le concert. Ty Segall est à droite, de profil, ayant laissé la place centrale à un petit pianiste en chemise blanche au regard apeuré, encerclé qu’il est par la bande de rockers complété par le chevelu batteur Charles Moothart (le seul que j’aie reconnu) derrière lui, puis un bassiste et un guitariste à sa gauche. Disposition étrange, mais qui n’entache en rien la prestation, bien qu’une nouvelle fois la basse soit trop forte et couvre partiellement les solos de guitare de Ty. Au bout d’un petit moment, je décide d’en avoir le cœur net et vais me positionner tout au fond de l’esplanade, juste devant la table de mixage, et là, miracle : le son est excellent. Bon truc à retenir pour le lendemain, mais qui me fait avoir quelques regrets quant à la prestation des Jesus and Mary Chain…

 

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Bref, Ty Segall et son groupe proposent un concert varié et plaisant, entre tubes garage (« Fanny Dog », « Candy Sam »), ambiance plus jazzy (« Every 1's a Winner”), ballade Bolanienne (“My Lady's On Fire”) et même disco (“Despoiler of Cadaver”). Je reconnais peu de morceaux mais cela a peu d’importance, d’autant plus qu’ils sont réadaptés pour le live, avec force solos de chacun des musiciens. Mention spéciale pour la longue version de “Warm Hands” où Charles Moothart fait notamment des merveilles. Pour le final, nous aurons droit à un dantesque “She”, au riff reconnaissable entre mille, évoquant Black Sabbath, avant que le titre ne mute en une demonstration Zeppelinienne mettant à l’honneur les qualités mélodiques et techniques du groupe et de son leader déchainé. Un très bon concert donc, bien que l’heure tardive (bien plus adaptée cependant que les 18h ensoleillées de la dernière fois) et la distance m’aient empeché d’ être totalement immergé dans la musique. 

C’est donc bien fatigué que je terminais cette soirée de concerts s’étant révélée plus enthousiasmante que prévue. Une bonne nuit de sommeil était de mise avant le Dimanche, journée que j’attendais avec le plus d’impatience, et qui ne me laissait entrevoir aucun répit dans l’enchainement des concerts auxquels je voulais assister. 

 

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Setlist Father John Misty (celle du We Love Green festival, probablement très proche): Nancy From Now On - Chateau Lobby #4 (in C for Two Virgins) - Only Son of the Ladiesman - Total Entertainment Forever - Disappointing Diamonds Are the Rarest of Them All - Mr. Tillman - Please Don’t Die - Hangout at the Gallows - Pure Comedy - Hollywood Forever Cemetery Sings - Holy Shit - I Love You, Honeybear

 

Setlist Ty Segall: Wave Goodbye - Fanny Dog – Finger – Squealer - Candy Sam - Every 1's a Winner - Despoiler of Cadaver - Warm Hands (Freedom Returned) - My Lady's On Fire - Cherry Red - Love Fuzz - She

 

PHOTOS: Ty Segall 1 = Facebook du TINALS / Viagra Boys 1 et 2 - Ty Segall 2 et 3 - Ecca Vandal 2 = Robert Gil / Cathedrale - Chocolat - Father John Misty - Ecca Vandal 1 = Moi (mais l'une d'elle contient un Robert Gil)

 

CATHEDRALE:

 

 CHOCOLAT:

 

FATHER JOHN MISTY:

 

ECCA VANDAL:

 

VIAGRA BOYS:

 

TY SEGALL AND THE FREEDOM BAND: