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Cette année encore, le festival  This Is Not A Love Song ou TINALS (c’est plus pratique) à Nîmes proposait une programmation impeccable pour tous les amateurs de rock,  distançant sans trop de peine l’ensemble ses concurrents français et  mettant plusieurs longueurs d’avance au rare festival ayant maintenu une prog digne de ce nom depuis ses débuts, la Route du Rock de Saint Malo. Il était évident dès la parution des premiers noms sur l’affiche que j’allais m’y rendre pour le week end complet, d’autant plus que je connais depuis l’année dernière la bonne ambiance et organisation du TINALS. Malheureusement aucun pote ou connaissance (même pas Nono et Nini, mes compères de la précédente édition) ne pouvait venir avec moi, pour tout un tas de (mauvaises) raisons diverses et variées.

Magie de Facebook, je réussissais quand même à organiser un co-voiturage et je dois dire que j’ai eu de la chance, car Laura et Laura (1), deux jeunes filles hautes en couleur, amatrices de garage rock et groupies du premier rang, auront contribué à la réussite de ce week end en le rendant moins solitaire que prévu.  Coup de théâtre  à une heure du départ, Gary (déjà sur place) me donne le contact d’un couple d’amis laissés en rade Gare Part Dieu par une grève SNCF qui aura fait chier bon nombre de festivaliers, voire (nous y reviendrons) de groupes. Si vous êtes lyonnais et que vous allez à des concerts, vous avez déjà vu Gary. C’est le gars qui connait déjà 10 % des spectateurs en arrivant au TINALS et plus de 50 % en repartant (d’une démarche mal assurée) – d’ailleurs on ne se connaissait pas dans la voiture, par contre tout le monde connaissait Gary. Bref, c’est en véritable sauveur (n’ayons pas peur des mots) que j’accueillais Anne-Sophie et Greg dans ma papamobile. Difficile d’être rock n roll dans une Citroën Berlingo, mais en enlevant les trois sièges enfants, en bourrant le coffre de duvets et de sacs à dos qui font gling gling et en la remplissant de 5 passionnés de musique, ça pouvait le faire et je me mettais rapidement en mode  festivalier. Et accessoirement le trajet jusqu’à Nîmes passa bien vite (je m’aperçus que j’avais évidemment fais plusieurs concerts dans la même fosse que Laura, dont ceux de Girls Names et Savages).

 

 

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Nous voilà à Nîmes, une fois  largués nos parisiens à leur hôtel et récupérées mes clés d’appart  il est plus que temps de se garer sur le parking  (installé cette fois sur l’aérodrome, signe que le festival a grossi) si on veut être à l’heure pour Ty Segall, concert grandement attendu par Lauras. Manque de bol, elles sont victimes d’une des seules fausses notes de l’organisation, à savoir la file d’attente importante réservée aux Pass 3 Jours (signe que le festival a grossi, bis) alors que les billets individuels dont je suis passent l’entrée direct. A vrai dire, elles n’auront pas loupé grand-chose en arrivant après les premières chansons. Je connais assez mal Ty Segall, ce n’est pas vraiment mon truc, mais un concert énorme à Lyon et le disque Twins avaient laissé une trace excellente dans ma mémoire, aussi espérais je lancer le Festival à fond grâce au prolifique Californien et son nouveau groupe.

Las, à trop vouloir donner un aspect bordélique à leur set (des déguisements, trois guitares, des hurlements intempestifs…,) les Muggers en deviennent complètement brouillons et saccagent une grosse moitié de concert, entièrement extraite du dernier album en date (Emotional Mugger, qui du coup ne fait pas très envie…). Le niveau se relève enfin avec « Thank God for Sinners », seul titre que je reconnaitrais, qui annonce une fin de set bien plus sympathique, quoi que sans véritable passion. Jouer sur une grande scène en fin d’après-midi n’est certainement pas la condition idéale pour ce genre de groupes, mais l’impression était tenace que les cinq lurons n’avaient pas vraiment envie de mouiller le bleu de travail.

 

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En me dirigeant vers la scène Mosquito, je croise Stéphane, pote de La bUze et écumeur de concerts (même ceux de mon groupe) qui a déjà eu un coup de cœur, pour les Canadiens de Dilly Dally, du rock indé marqué 90’s très efficace, tout à fait ma came donc (le festival a à peine commencé que j’ai déjà loupé un truc…).  Autre signe que le TINALS est passé à une échelle supérieure, la scène Mosquito, autrefois minuscule et n’accueillant que des petites formations anonymes, est devenu une vraie scène sur laquelle joueront des groupes jeunes, mais internationalement reconnus. C’est ici que nous verrons the Mystery Lights, cinq américains proposant un garage rock assez conventionnel, quelque part entre les rythmiques d’AC DC et la morgue de Parquet Courts. Souriants et énergiques, mais trop gentillets, les Mystery Lights m’accrocheront plus sérieusement avec les 4 derniers titres, bien percutants, allant jusqu’à me faire esquisser mes premiers pas de danse sur un dernier morceau vraiment excellent.

 

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On repasse coté Grande Scène pour Explosions in the Sky, vieux groupe de Post Rock assez culte, même si à mon sens ils n’ont jamais égalé les pionniers du genre, Mogwai et GY !BE en tête. Leur particularité est d’insister plus sur les mélodies délicates de guitares que sur les bombes saturées habituelles du genre, bien qu’ils fassent de temps en temps honneur à leur nom. Toujours de qualité, leur discographie m’a progressivement lassée du fait de sa trop grande redondance, jusqu’à un dernier album sorti cette année qui m’avait paru en première écoute très passable, avant de m’interpeller à la seule écoute supplémentaire que je pu lui accorder. L’impression sera confirmée par ce concert très agréable dont une moitié des morceaux était tirée de the Wilderness. C’est d’ailleurs par un court titre lumineux de cet album (« Infinite Orbit ») que débute le spectacle, rendu fascinant à la fois par la batterie hypnotique et ses roulements permanents, et par les balancements en rythme des deux guitaristes. La synchronisation parfaite du quatuor, quels que soient les changements brutaux de rythmes,  est admirable, mais la technique ne vient pas supplanter la beauté des compositions.

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Pour achever le tableau, un rideau de lumières devant la scène  illumine la nuit qui tombe petit à petit, et plongera à plusieurs reprises vers les spectateurs en les éclairant de ses couleurs changeantes pour le plus grand plaisir des photographes. Le public est bien plus nombreux, enthousiaste et connaisseur que je ne l’aurai imaginé, certains reconnaissant les morceaux dès les premières mesures, ce qui est loin d’être évident.  J’ai moi-même été incapable d’identifier les deux titres de The Earth Is Not A Cold Dead Place (tout au plus quelques mélodies) alors que c’est un album qui a beaucoup tourné à la maison à l’époque. C’est sans doute autant le défaut que le charme de cette musique que d’être aussi insaisissable, nous rendant pendant une heure à la fois un peu absents et émerveillés, une heure qui s’achève avec le nouveau morceau « Disintegration Anxiety » (sans doute mon passage préféré) et le plus classique « The Only Moment We Were Alone » au final très appuyé, comme pour nous remettre en condition pour la suite des opérations.

 

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La suite, ce sera dans la Paloma, avec YAK, groupe que je vais voir sur la foi de quelques phrases lues ici et là, et dont le nom suscite des élans approbateurs chez chacun de mes interlocuteurs (Lauras en tête). En qualifiant la musique des  anglais de Garage Psyche et leurs concerts de sauvages et sans concessions, la plaquette du TINALS aura pour une fois visé parfaitement juste. C’est un très jeune trio qui occupe la grande scène, et qui chauffe tranquillement ses muscles avec un riff de basse entêtant, tandis que le chanteur tout de blanc vêtu triture avec impatience son clavier. Ensuite tout explose, une heure durant. Il y a là tous les ingrédients  d’un concert mémorable. Des chansons d’abord, tubes rageurs de trois minutes ici étirés à l’extrême, martelés dans les oreilles et les corps de spectateurs soudain mutés en masochistes, qui en redemandent, jusqu’à l’ivresse. Un groupe ensuite, avec une formule trio qui, quand elle est aussi bien maitrisée, quand elle laisse à chacun un espace pour s’exprimer en solo non pour épater la galerie mais pour magnifier la chanson, est la meilleure qui soit en rock. Et puis de la sueur, de la cogne arrogante, de la morgue qui déborde des visages, qu’on vomirait chez n’importe quel poseur mais qui n’est ici que la cerise sur la tarte qu’on prend en pleine gueule. Le leader balancera son micro dans la foule, puis sa guitare, viendra beugler au-dessus des spectateurs, aura un rictus mauvais en voyant se décomposer son technicien alors qu’il arrache le clavier du support et fait mine de le jeter sur les premiers rangs. Et puis, soutenu par sa paire rythmique rageuse, il sera venu jouer un peu de guitare dans la fosse déchainée, chaque bras essayant de voler un accord au passage. La dernière fois que l’on avait vu ça, c’était au Clacson, pour le concert inoubliable d’un certain Ty Segall.  Quatre ans après, trois blanc-becs auront révélé en quelques titres aux Nîmois d’un week end et au monde entier ce que Ty est devenu : un gros ringard qui ferait mieux de prendre sa retraite.


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Inutile de dire que je ressors épuisé et déshydraté du ring de la Paloma, et sans la moindre envie d’aller faire mon curieux pour écouter Foals. J’en entendrais d’ailleurs plusieurs titres en attendant ma bière, qui suffiront juste à confirmer mon aversion pour ce groupe. Je repars vers la Paloma pour rejoindre la petite scène intérieure sur laquelle doit jouer Protomartyr, l’un des groupes que je suis le plus impatient d’écouter, suite à deux disques magnifiques sortis les années précédentes.  Coup de bol d’ailleurs que Foals ne m’intéresse pas, cela me permet d’être bien en avance: apparemment, les retardataires n’ont pas pu rentrer - Stéphane a loupé Battles, qui jouait en même temps dans la grande salle - pour cause d’un système de jauge complètement débile vu l’espace libre qu’il y avait devant la scène à 100 % des concerts, y compris les plus courus. Un véritable scandale, même si je n’en ai heureusement pas été victime. Promis, c’est le dernier tacle (mais à sérieusement modifier) que j’adresse au TINALS, dont l’organisation aura par ailleurs été irréprochable. Citons par exemple cet indispensable vestiaire à 1€ la journée qui permettait de laisser son sac et de revenir à loisir chercher un pull ou un sandwich (oui parce que moi j’ai passé l’âge de la bouffe chères et indigeste des festoches).

 

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Je retrouve les Laura devant la scène et nous discutons avec enthousiasme de YAK. Laura a des étoiles dans les yeux et se remet difficilement de la prestation des anglais. J’avoue que j’ai un peu peur moi aussi d’être déçu par comparaison par le concert de Protomartyr. Il n’en sera heureusement rien, le groupe compensant un côté assez prévisible par des titres géniaux et un charisme un peu bizarre reposant sur l’association improbable des quatre musiciens, tous hyper solides techniquement. Pas grand-chose à dire sur le guitariste qui exécute sa partie les yeux fermés, si ce n’est que son rôle a pris de l’ampleur sur le dernier album, the Agent Intellect, qui sera interprété quasi intégralement ce soir. Le bassiste est un gaillard balaise, cheveux longs et moustache, qu’on aurait bien vu dans un groupe de metal Nordique. Il déroule ses riffs remarquables (en particulier sur les extraits de Under Color of Official Right) tout en remuant énergiquement (c’est le moins statique sur scène).  L’excellent batteur ne paye pas de mine au premier regard, mais plus la setlist avance plus ses rythmiques sont complexes et on le verra ultra concentré sur les tempos les plus rapides.  Au milieu de ses compères, chacun dans leur monde, le chanteur, ressemblant un peu à Frank Black jeune, se balade avec nonchalance une main dans la poche de son costard en braillant avec conviction ses textes d’un air sérieux et vindicatif. Assis au fond de la scène, les membres des Mystery Lights et de YAK prennent leur leçon, yeux grands ouverts.

 

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L’intensité du concert sera directement liée au titre interprété, aussi aurais-je aimé quelques extraits supplémentaires de Under Color of Official Right, souvent plus efficace que son successeur (« Pagans »  et « Bad Advice » auraient fait mon plus grand bonheur), mais bon, quatre extraits c’est déjà bien, notamment ce « Want Remover » bien violent, avec une putain de basse comme les Strokes avaient été capable d’en pondre sur leur premier album. Et puis Agent Intellect se défend pas mal, d’ailleurs mes passages préférés du concert seront issus de ce disque : « the Devil in his Youth » et l’émouvant « Clandestine Time » qui doit être extrêmement difficile à mettre en place. « Why does it Shake ? », partagé entre groove et noise, fait un final parfait pour un concert qu’on aurait aimé prolonger un peu plus et une journée qui aura tenu toutes ses promesses.

Après avoir laissé les filles se débattre avec leur tente, je rentre dans mon appart tranquillement. Parce que si j’ai passé l’âge de la bouffe des festoches, j’ai encore plus passé l’âge des campings de festoche….

 

  • (1)   Laura est assez bavarde, alors que Laura est un peu plus réservée donc quand je parlerai de Laura dans    mon compte rendu ça sera plutôt de Laura.  Pour que ce soit plus clair. De toutes manières si vous êtes sages je mettrai leur photo dans le dernier épisode.

 

Setlist Ty Segall: Squealer - California Hills - Emotional Mugger/Leopard Priestess – Diversion - Baby Big Man (I Want a Mommy) - Candy Sam - Squealer Two - Thank God for Sinners – Finger – Spiders – Manipulator - Feel

 

Setlist Explosions in the Sky: Infinite Orbit - The Birth and Death of the Day - The Ecstatics - Catastrophe and the Cure - Colors in Space - Your Hand in Mine - Disintegration Anxiety - The Only Moment We Were Alone

 

Setlist YAK (c’est celle du Printemps de Bourges, mais on doit pas être loin):  Cumberland Gap -Harbour the Feeling - Use Somebody - Hungry Heart – Smile - Alas Salvation - Victorious (National Anthem) - Out on a Limb – No - Alas Salvation - Cumberland Gap

 

Setlist Protomartyr:  Cowards Starve – I Forgive You – Blues Festival – Pontiac 87 – Want Remover – Scum, Rise ! – Uncle Mother’s – What the Wall Said – the Devil in his Youth – Ypsilanti – Come & See – Dope Cloud – the Hermit – Clandestine Time – Why does it Shake ?

 

PhotosTinals - Concert and Co - Roberto Gil - Moi - Internet ...

 

 TY SEGALL & the MUGGERS:

 

the MYSTERY LIGHTS:

 

EXPLOSIONS IN THE SKY:

 

YAK:

 

PROTOMARTYR: