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Ryley WALKER - Deafman Glance

 

Ryley Walker a toujours navigué entre différent styles tout en gardant une base folk rock classique (guitare érudite et chant clair et appliqué). C’est un peu la même chose sur son dernier album mais, si j’avais facilement accroché aux développements psychédéliques de Golden Sings that have been Sung, j’avoue avoir eu beaucoup de mal aux premières écoutes de Deafman Glance (on pourrait même parler de grosse déception à sa découverte). C’est que Ryley Walker va cette fois encore plus loin dans l’expérimentation, proposant plusieurs longs titres aux parties différentes dont certaines aux accents progressifs indéniables (du folk progressif ?), tandis que d’autres semblent complètement déstructurées, voix désolée sur notes isolées. Sans doute « Spoil with the Rest », splendide titre final bien plus raccord avec les précédents disques m’aura-t-il encouragé à multiplier les écoutes, ce qui finira par me convaincre de la beauté de l’ensemble. Car au creux de ces chansons se cachent des trouvailles remarquablement amenées, qu’on savoure d’autant plus qu’elles ne se dévoilent souvent qu’à l’auditeur attentif. L’une des plus évidentes est ce passage électrique qui survient par surprise à la fin de « Can’t Ask Why » et qui évoque les éclairs géniaux de Radiohead.  Ryley Walker aura donc réussi une jolie prouesse en m’amenant hors de mes sentiers d’écoute habituels alors que je n’avais pas forcément au départ une envie folle de le suivre. Raison de plus pour ne plus lâcher le prolifique songwritter.

 

 

 

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PARQUET COURTS - Wide Awake !

 

Je ne me souvenais plus du tout de Human Performance, et encore moins de l’avoir chroniqué (ce n’est pourtant pas si vieux, Juin 2016). A la relecture de mon article, je me suis dit que j’aurai pu en recopier une bonne partie pour le Parquet Courts de cette année, ce qui n’est déjà pas très bon signe.  Et pourtant, je reconnais de nombreuses qualités à ce Wide Awake !, à commencer par un  réel talent d’écriture. Après s’être un peu reposés sur leurs lauriers, les membres de Parquet Courts se sont mis au boulot et ont ciselés de véritables perles dans des styles assez différents, mais toujours avec leur patte tantôt énervée tantôt nonchalante, lorgnant plus que jamais vers les joyeux cyniques de Pavement (« Mardi Gras Beads »). La production est aussi remarquable, entre riffs de basse bluffants bien mis en avant et des chœurs réguliers qui sont un véritable atout sur le disque. Il y a même une chorale d’enfants qui vient accompagner « Death Will Bring Change », chant naïf et tango tranquille pour paroles bien acides. Les textes, encore un atout à mettre au crédit du groupe, qui dresse un constat lucide de l’état de notre planète, balançant l’air de rien de sévères considérations politiques (terrible morceau garage « NYC Observation » sur la pauvreté à New York) ou écologiques (« What’s it worth all the money we made / Floating idly in a newborn lake? / Far above financial centers / Cities sink like market rates »,  sur « Before the Water Gets too High »). 

Malgré tout, j’ai du mal à être complètement emporté par Wide Awake ! dans son ensemble. Les passages par le funk (« Wide Awake ! ») ou même le reggae ne m’accrochent pas, les chansons d’amour sont moins convaincantes, quant aux titre plus garage/punk pour lesquels Parquet Courts reste toujours aussi efficace, je les trouve handicapés par un chant un peu trop brut et bavard. Si la mise en avant dans ma discographie n’est donc pas gagnée, Parquet Courts s’est néanmoins légitimement fait une belle place dans la liste des groupes qui comptent aux USA, ainsi que, gageons le,  dans de nombreux Tops albums de 2018.

 

 

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GIRLS NAMES - Stains on Silence

 

On les avait découvert en 2015 avec un Arms around a Vision dont l’efficacité, tenant sur un dynamisme général associé à des riffs hyper bien foutus, ne se dément pas 3 ans après. C’est dire si Stains on Silence nous a surpris tant son rythme, lent et flottant, envahissant progressivement l’auditeur comme le brouillard une route à la nuit tombée, est à l’opposé de ce à quoi on s’attendait. Passé la déception initiale, il faut reconnaitre que le style gothique sied assez bien à Girls Names, s’appuyant sur une basse toujours aussi solide et des claviers / piano bien produits. Reste que le chant, soudain propulsé en charpente de ces titres relativement dépouillés, n’a ni le charisme ni la justesse suffisante (sans parler du mixage), à l’exception d’un ultime morceau où perce l’émotion. Malgré des qualités d’écriture et une cohérence d’ensemble bienvenues, Stains on Silence reste assez insaisissable, me laissant lentement dériver sur le bas-côté, à la recherche d’albums plus piquants.