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Je ne me rappelle plus la dernière fois que je suis allé en concert en mode découverte totale. Il y a beaucoup plus de groupes que je connais et apprécie qui s’arrêtent à Lyon que de temps que j’ai à leur consacrer, j’évite donc de griller un de mes bons de sortie sans savoir si j’ai une bonne chance de passer une agréable soirée. Mais j’atteignais les 4 mois d’abstinence scénique, aussi me décidais-je à faire un tour au Sonic pour voir Acid Mothers Temple, groupe dont je n’avais jamais entendu la moindre note mais dont Maxime avait fait un retour enthousiaste lors de leur dernière venue (assez récente) en ces mêmes lieux, citant notamment une reprise de Can.

 

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C’est en solitaire que j’abordais le quai où est amarrée la célèbre péniche, tenant contre vents réactionnaires et marées petit-bourgeoises, au son d’une troupe de sonneurs de cors de chasse, qui, s’ils ont bien choisi leur coin pour répéter (au milieu d’un énorme réseau d’échangeurs auto routiers), n’en font pas moins un boucan à faire passer les concerts du Sonic pour des après-midi thé dansant. La date affiche tellement complet que les noms sont scrupuleusement vérifiés à l’entrée, mais pour le moment les gens sont plutôt à discuter dehors, alors que la première partie débute son set devant quelques curieux. Savarin balance une electro assez rêche à l’aide de deux claviers et une boite à rythme.  Les deux composantes essentielles à ce type de musique sont là, à savoir des sons de basse bien puissants qui remontent par les jambes et font résonner le bide, et des rythmiques qui actionnent directement les muscles du cou via les oreilles. Savarin porte un T-Shirt bien trouvé d’une silhouette s’évadant au travers une succession de portes vertes fluo, il est par la force des choses assez statique, je ferme donc les yeux pour m’évader moi aussi. Une intense fatigue et quelques gorgées de bière feront le reste, et je rentre facilement dans la musique, assez sombre au début, évoluant dans un registre plus dansant par la suite. Quand elle est réussie, l’electro est l’occasion de se connecter, à soi, à Dieu, au monde - mais malheureusement pas au public du Sonic, qui ne fera son apparition en masse qu’à l’arrivée sur scène des têtes d’affiche.

 

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Les voici d’ailleurs, les cinq japonais d’Acid Mothers Temple, qui titubant, qui hilare, tel autre s’appuyant sur une canne. Il y a les deux anciens, assez sobrement vêtus en noir : le claviériste zen, debout au centre de la scène, tel le pilier du groupe qu’il semble être, et le guitariste flamboyant, sorte de Jimmy Page asiatique, qui s’occupera d’une large  part du volume sonore de la soirée. Et les trois jeunes, aux tenues surprenantes : le discret bassiste pirate, le tonitruant batteur en short débardeur fluos multicolores, et le chanteur tout à gauche, à l’improbable look de ménestrel (chemise jabot, cape bleue et or, coupe au bol long façon Brian Jones et même une mandoline électrique sur le premier titre). Bref, une association des plus incongrues, mais une réelle synergie musicale, dans des registres aussi variés qu’opposés. On alterne hard rock, folk spatial, rock psyche, ambient planante, kraut rock, disco,  chaos total, avec suffisamment de turn over pour éviter toute lassitude. On aura pensé tour à tour au déjantés Gong, aux Doors de « the End », à Led Zep, au Mercury Rev des débuts, et à mille autres références. Makoto Kawabata, leader de la formation, aura bien sur de longs moments pour s’exprimer, en vieux renard du branlage de manche mi- précis mi-épileptique, mais il ne tirera pas systématiquement la couverture à lui. Au contraire, entre passages en arpèges répétitifs où c’est plutôt la solide paire rythmique qui assurera les nuances, et passages psychédéliques où il s’occupera de nappes sonores avec son compère Hiroshi Higashi (le claviériste aux longs cheveux blancs), chaque membre du groupe aura eu tout loisir d’exprimer son talent. Comme ce passage débuté par un solo de batterie et enchainé en duo avec une basse fantastique pour un long temps discoïde assez irrésistible. 

 

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Les 20 ans d’expérience scénique ininterrompue des Acid Mothers Temple parlent dans un crescendo mystique, amenant un public d’abord sur la réserve dans une transe de plus en plus intense au fil du concert, jusqu’à un titre final dont l’accélération emporte tout sur son passage. La guitare saturée termine suspendue au plafond, avant que le groupe ne quitte la scène et ne se réfugie dans le minuscule espace derrière celle-ci, le temps que le public reprenne ses esprits et s’éparpille un peu. Les musiciens viendront ensuite se mêler aux gens pour discuter ou se placer derrière un des stands de merchandising les plus bizarres que j’aie vus. Entre objets ésotériques, baguettes de batterie ou cymbales dédicacées, une multitude de Cds, Vinyles ou cassettes laissent perplexe le néophyte que je suis, d’autant que Maxime m’avoue être aussi perdu dans une discographie  immense composée de centaines de live, de projets parallèles et de quelques disques studio confidentiels. Au final je me renseigne auprès du chanteur sur le duo basse/batterie qui m’avait impressionné, et achète un enregistrement live de 2016 fait maison qui reprend une bonne partie  du concert de la soirée, avec en introduction (cerise sur le space cake), une longue reprise de « Flying Teapot », titre de Gong que j’adore. De quoi revivre un concert qu’on ne qualifiera pas d’exceptionnel (puisque les Acid Mothers Temple passent régulièrement dans le coin et jouent souvent les mêmes morceaux), mais qui entrera à coup sûr dans les meilleurs de l’année. Encore une fois, merci au Sonic pour cette belle découverte !