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Suite du Flow Motion de Can avec  un sympathique rappel du titre d’introduction « I want more » qui se poursuit donc sur un « … and more » de même facture. Pour le reste, rien de plus enthousiasmant que cassette précédente, le long titre « Flow motion » étant du reggae. Alors certes fait par Can c’est toujours mieux que du reggae d’un quelconque imitateur de Bob Marley (pléonasme), mais ce disque ne s’avère intéressant que sur le titre « Smoke (E.F.S. Nr.59)», transe toute en tambours assez efficace. 

 

 

 

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Nous avions assez longuement évoqué Pierre Desproges en cassette 070, pour une compilation d’extraits des Réquisitoires du Tribunal des Flagrants Délires volumes 0 et 1. Je ne pensais pas retomber sur d’autres réquisitoires si longtemps après, mais revoici bien la fameuse verve de l’inimitable humoriste pour les volumes 2 et 3 dont des extraits de réquisitoires figurent sur cette cassette et la suivante. Inutile de me répéter sur le comique, son aura et l’incessante récupération dont il fait l’objet de tous bords aujourd’hui, je noterai simplement que ces réquisitoires marquent un pas de plus dans la provocation, et que Desproges y canarde sans distinction et sans pincettes. Quelques invités en prennent d’ailleurs pour leur grade, entre le chant de Georges Guétary qui ferait tourner le lait en yaourts et Roger Coggio qui est à Molière ce que le pic-bœuf est à l’hippopotame, c’est parfois plus cassant que drôle pour l’intéressé. Outre les flics (avec cet hilarant « festival de la bavure »), les militaires (évidemment) et les communistes (qui prennent quelques tacles bien sentis), les féministes ramassent de jolies charges (l’invitée étant probablement Gisèle Halimi), l’insistance de Desproges à dénoncer la faute de « français, françaises » laissant bien imaginer ce qu’il penserait aujourd’hui de l’écriture inclusive. 

 

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Ainsi Pierre Desproges pourra tour à tour apparaitre comme un anarchiste lettré ou comme un gros réac, selon les réquisitoires et la sensibilité de l’auditeur. Si sa sincérité est convaincante lorsqu’il fustige une nouvelle fois le politiquement correct transformant les aveugles en non-voyants (pudibonderie qu’il dénonce lors du réquisitoire contre le mime Marceau), on est un peu moins en phase sur la prétendue baisse de niveau de l’éducation nationale (réquisitoire de Jean-Marc Roberts), marronnier bien rance qui, comme on le voit, ne date pas d’hier. Fort heureusement, la qualité d’écriture et le charisme de Desproges font glisser comme une lettre à la poste ces énervements politico-misanthropes, d’autant que place est encore bien laissée à la gaudriole et au n’importe quoi, entre la détresse sexuelle de Robinson Crusoe, les délires sur l’inventeur du pain à saucer et les piques incessantes à son confrère Luis Rego jouant l’avocat chargé de défendre l’invité du jour. Une belle tranche de rigolade en même temps qu’un témoignage précieux de la France du début des années 80.

 

 

 

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En 1994, les Smashing Pumpkins sortent une cassette video intitulée Vieuphoria où le fan, entre deux gros délires et trois interview de quidams, pourra visionner une dizaine de chansons enregistrées en live, essentiellement lors d’apparitions à la télévision.  On pourrait s’étendre sur le fait qu’il y avait moyen de faire mille fois plus intéressant avec la période Siamese Dream des SP, mais le sujet n’est pas là. L’une des séquences montre un vieux égaré au merchandising d’un concert, sommé de choisir entre les Smashing Pumpkins et leur première partie alors qu’il ne connait ni l’un ni l’autre. Il finit par se décider pour Red Red Meat qui lui semble « plus saignant » : c’est la première fois que j’entends parler de ce groupe, qui dès lors restera dans un coin de ma tête jusqu’à ce que, des années plus tard, je trouve enfin le Bunny Gets Paid à la médiathèque de Metz. Tout comme pour Fuck (épisode précédent), c’est leur meilleur album et le seul que je trouvais avant d’acheter récemment leurs autres disques sur le net.

 

Si Red Red Meat fait partie de la scène indé de Chicago des années 90’s, et a donc quelques points communs avec les Smashing Pumpkins (1), leur musique, au croisement du Shoegaze, du rock alternatif et du Lo-Fi, ne les évoque que rarement et fait plutôt penser au Mercury Rev des débuts. Le titre d’ouverture « Carpet of Horses », au tempo extrêmement lent, met tout de suite l’auditeur dans l’ambiance neurasthénique de Bunny Gets Paid. La marque de fabrique de cet album, c’est l’utilisation d’une slide guitare au son acoustique qui tranche sur des overdubs de grattes saturées plus habituels, et la voix éraillée très en retrait de Tim Rutili, qu’on pourra ne pas aimer mais que je trouve pour ma part assez émouvante. Si quelques titres sont plus énervés, comme le single « Idiot Son », ils sont finalement, sans être mauvais, moins originaux que ces développements brumeux dont surgissent des refrains superbes et des mélodies entêtantes (« Chain Chain Chain », « Gauze »). Cette ambiance mélancolique est aussi émaillée d’expérimentations sonores (« Sad Cadillac ») qui achèvent de consacrer ce Bunny Gets Paid très personnel et cohérent comme une brillante réussite. Je l’avais déjà beaucoup aimé à l’époque, mais il est devenu l’un de mes disques de chevet lors de sa très pertinente réédition par Sub Pop (2) en 2009, sur laquelle je tombais en occasion bradée. Non seulement l’album n’a pas vieilli, mais il m’est apparu encore meilleur que dans mon souvenir et le disque bonus qui l’accompagne (avec inédits et versions alternatives) prolonge agréablement le plaisir. Un an après, en 1996, Red Red Meat sort un quatrième et dernier album avant de splitter en plusieurs formations. Celle de Tim Rutili s’appelle Califone, et a sorti une dizaine d’albums depuis 2000. Je la découvre aujourd’hui en rédigeant cet article, autant dire que j’ai du retard à rattraper…. 

 

(1)    Le lien le plus évident est le (très joli) titre « Glynis », proposé par les Pumpkins pour la compilation No Alternative où une vingtaine de stars du rock indé sont au menu d’un album destiné à récolter des fonds pour lutter contre le sida. Il s’agit d’un hommage à Glynis Johnson, bassiste et co-fondatrice de Red Red Meat avec son compagnon Tim Rutili. Elle quitta le groupe après le premier album suite à leur rupture avant de décéder du sida l’année suivante.

 

(2)    Red Red Meat fut leur première signature à Chicago.