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YAK - Pursuit of Momentary Happiness

 

Dommage pour Yak, le monde n’en a plus rien à foutre des rock stars. Ou alors juste celles qui dans un lointain passé l’ont fait bouger, et qui viennent régulièrement remuer la nostalgie de vieux en ressassant un répertoire qui dans le meilleur des cas n’a pas changé d’un iota depuis des décennies (dans le pire, il y a eu quelques nouveaux disques réduisant à néant toute crédibilité artistique). Puisqu’on parle d’Iggy Pop,  on verrait bien Oli Burslem en héritier direct, tant il use du même ton bravache dans les brûlots garage et du même velours dans les slows qui alternent sur ses disques avec égale réussite. On en doutait tant Alas Salvation avait mis la barre haute, mais Yak est parvenu à produire un digne  successeur à son premier opus. Pursuit of Momentary Happiness est un album megalo empli de vociférations, de riffs bien lourds, de cuivres et de chœurs suaves, avec une petite touche psyché bien dans l’air du temps. C’est flamboyant et bien écrit (à l’exception peut-être d’un dernier lent morceau un peu trop long et décalé), contenant quelques titres faisant office de classiques immédiats (« Layin’ it on the Line »), bref, digne de squatter presse et net pendant un bon moment. Hélas, le monde préfère regarder les feux de paille se succéder. Là où Yak devrait forcer l’admiration, il n’est déjà plus qu’un lointain souvenir…

 

 

 

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Bill CALLAHAN - Shepherd in a Sheepskin Vest

 

Après avoir publié avec une régularité métronomique des albums se ressemblant tous sur lesquels figuraient quelques bonnes chansons déjà oubliées, Bill Callahan n’avait plus donné signe de vie depuis 5 ans. Une pause due au mariage et à la procréation du songwritter, promesse d’un bonheur qui n’est jamais bon signe pour un artiste ayant placé toute son œuvre sous le signe de la mélancolie. En réalité, si le fan y a certainement perdu sur le fond (les paroles m’intéressent rarement, mais celles-ci semblent assez pauvres, témoin ce « Writting » incroyable où il avoue être content de chanter à nouveau mais se demande où sont passées les bonnes chansons), la forme ne change guère sur ce Shepherd in a Sheepskin Vest. Bill Callahan compte sur sa voix unique pour charmer l’auditeur tandis qu’il gratouille en roue libre des ballades insaisissables, à l’exception de certains titres un peu plus marquants (« 747 » ou « Circles »). On aurait pu se réjouir des durées inhabituellement courtes des titres (3 mn environ) s’il n’était venu à leur auteur l’idée saugrenue d’en placer 20 sur l’album, soit d’emblée au moins 10 de trop. Le résultat est qu’on peinera comme d’habitude à arriver au bout sans s’endormir, malgré le coté agréablement apaisant de ce folk sans âge et sans relief.

 

 

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CJ RAMONE - the Holy Spell...

 

En 1989, les Ramones sont plus que jamais au bord de la rupture. Le colonel Johnny, qui n’a pas encore mis assez de sous de côté pour se payer le pavillon de ses rêves, vire un Dee Dee devenu décidément trop incontrôlable et organise une audition pour trouver un nouveau bassiste. Qu’importe que Christopher Joseph Ward ne maitrise que très peu son instrument et la discographie des faux frères (dont il est pourtant un grand fan depuis longtemps), c’est un ancien marine et son look comme son métier s’accordent parfaitement avec les idées bien réacs de Johnny : il est engagé dans la galère sous le nom de CJ Ramone. On peut considérer que l’arrivée de CJ, se permettant parfois de chanter à la place de Joey et figurant sur 3 disques assez mal aimés des fans, signe la mort des Ramones, ou bien qu’avec sa jeunesse et son envie il permit au contraire une inespérée prolongation de 7 ans de la vie du groupe moribond (je penche pour la deuxième option, d’autant que j’aime assez cette discographie finale). Qu’importe, en 1996 les Ramones se séparent définitivement et CJ disparait des radars du grand public.

Quelle ne fut donc pas ma surprise de tomber sur la pochette de the Holy Spell… chez mon vendeur favori. Il n’en fallait pas plus pour que je cède à la curiosité. Après tout CJ m’a toujours paru sympathique (1) et sincèrement rock n’roll, et puis je suppute une forte similarité musicale avec son ex-groupe culte. C’est évidemment le cas, the Holy Spell… naviguant la plupart du temps entre punk n’roll mâtiné de Surf rock et simili hardcore imbécile, à l’exception d’une ballade convenue paumée en milieu d’album. La plus grande différence avec les Ramones, hormis évidemment la voix, réside dans un jeu de guitare un peu plus varié, pour le meilleur (notamment quelques solos bienvenus) comme pour le pire (cette mélodie fête à neuneu sur « i’m disappointed » ou ces sonorités skate punk parfois trop marquées). Pour le reste, l’efficacité et les refrains à reprendre en chœur sont bien là, et CJ, désormais chauve et barbu (Johnny disapprove !), donne aux nostalgiques ce qu’ils sont venus chercher, accouchant donc d’un album (le quatrième depuis 2012, première nouvelle !) aussi dispensable que sympathique. Parce qu’une dose de Ramones, même un peu frelatée, c’est toujours bon à prendre de temps en temps. 

 

(1)    Effectivement, CJ a d’abord failli rater son embauche chez les Ramones, emprisonné pour désertion parce qu’il était revenu chez lui pour aider ses parents, alors dans une merde noire. A la fin des Ramones, il préféra refuser la place de remplaçant de Jason Newsted chez Metallica qui lui était promise pour rester auprès de son fils autiste, s’assurant donc 10 ans de boulot de merde mal payé plutôt qu’un confortable statut de rock star millionnaire.