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La sentence est sans appel, voici plus de 2 ans que je n’ai pas mis les pieds au Transbordeur (pourtant remis à neuf), alors que je me rendais pour la quatrième fois en 8 mois à cette fameuse salle de Feyzin, l’Epicerie Moderne. La seule à avoir enfin programmé Calexico, groupe d’ores et déjà légendaire que je n’avais vu qu’une seule fois au festival de la route du Rock. Quatre occupants (Mélaine et moi, ainsi que mon pote guitariste Damien et sa copine) sortent de ma voiture garée encore une fois à l’arrache sur la pelouse et viennent grossir la file qui serpente devant la salle de concert. Je cherche du regard des amis bloggeurs (en l’occurrence Next et La Buze), mais je ne les trouverai pas de la soirée, il faut dire que la salle est pleine à craquer pour une fois. Le prix des billets ayant été très abordable, c’est de bonne grâce que nous faisons un arrêt au stand merchandising* (tient, la Tool Box !) et au bar, malgré la piètre qualité de la bière (dommage, pour une épicerie…), avant de rejoindre la salle pour écouter la première partie, DePedro, totalement inconnue pour nous.

C’est un jeune homme souriant qui se présente seul sur scène avec une guitare acoustique, et qui entame la soirée par deux morceaux de folk hispanisant. La voix est belle, la technique sans failles, mais je ne rentrerai dans le concert qu’au troisième morceau, lorsque le slide guitariste de Calexico viendra avec le son si particulier de son instrument sublimer la belle mélodie jouée par DePedro. Les membres du groupe viendront alors successivement prêter main forte à cette première partie qui n’en est pas vraiment une, et qui mis à part le chant en espagnol est tout à fait similaire à la tête d’affiche. DePedro est vraiment à l’aise et on l’envie d’avoir, à 25 ans environ, Calexico comme musiciens (encore un qui doit pas dormir seul souvent…).

Après une petite pause, les deux héros de la soirée saluent le public et attaquent leur concert en duo par « Convict Pool »,  titre  d’un EP peu connu que je n’avais jamais entendu**. Entrée en matière assez bizarre que cette compo moyenne et inconnue que Joey Burns dédicace aux skateurs lyonnais (a-t-il décidé de jouer ce morceau en les observant dans la journée à la fosse aux ours ?). Mais voici que les quatre musiciens habituels de Calexico viennent rejoindre leurs leaders, accompagnés de DePedro qui sera en fait le septième de la bande toute la soirée. Son apport est d’ailleurs important, musclant à coup de disto les titres les plus rocks, apportant des touches mélodiques de sa guitare ou de son luth électrique sur les autres, et accompagnant de belle manière Joey Burns au chant. C’est une banalité de dire que John et Joey seront grandioses pendant tout le concert, mais la force d’un set de Calexico est que la surprise peut jaillir de n’importe quel musicien, mis à part peut être le discret bassiste (Volker Zander) : trompette ou batterie influent à leur gré sur la puissance des morceaux, tandis que le multi instrumentiste (ok, ils le sont tous, mais lui il a un instrument différent à chaque titre !) Martin Wenk et le slide guitariste amènent des sonorités inattendues à tout moment. « Roka » est complètement transformée, rallongée de divers solos et nouveautés pour mon plus grand plaisir, puis c’est le premier classique avec « Accross the Wire ». « Bend to the road » est exécutée de manière très rock, trois guitares bien saturées l’accélérant progressivement jusqu’à fondre le morceau dans un « I can’t get no (satisfaction) » punkoide. « Man Made Lake » est traitée de la même manière, avant que Calexico ne calme le jeu et invoque son coté mariachi sur « El Gatillo » et « Inspiracion », fort bien chantée par le trompettiste du groupe, Jacob Valenzuela. La première heure du concert, le groupe s’amusera ainsi à faire des allers et retours, Londres lorsque Joey Burns saisit sa guitare électrique blanche et Paul Niehaus se lève, et Mexico pour la guitare folk et le slide guitariste assis. Ce dernier participera grandement, avec son solo hallucinant, à la réussite de « Not even Stevie Nicks… », là encore méconnaissable avec un long post scriptum instrumental, tandis que « the News About Williams » sera volontairement jouée avec des nuances très nostalgiques. Après « Two Silver Trees », qui pourrait se révéler le maillon faible de Carried to Dust, mais qui sur scène est suffisamment nouveau pour m’enchanter, Calexico entame une fin de set plus classique. Quittant la scène sur le réjouissant « Minas de Cobre », le groupe revient pour un des meilleurs morceaux du dernier album, « Fractured Air », sur lequel je vous laisse imaginer le festival du batteur John Convertino, puis la désormais classique reprise de Love, « Alone again or... ». Le deuxième rappel nous projette sur une gare embrumée, un train à vapeur se fait entendre sur la scène avant que ne résonne la fameuse trompette de « El Picador », Calexico achevant son concert de manière consensuelle par les festifs « Victor Jara’s hands » et « Crystal Frontier ». Une bonne heure trois quart de plaisir, et rien de décevant (même si j’en ai préféré la première moitié), le groupe s’étant comme à son habitude donné à fond dans des registres variés et enthousiasmants. Petit regret personnel quand à la setlist quasi parfaite de ce soir : l’absence de « Writer’s Minor Holiday », ma favorite de Carried to Dust, et l’éviction de « All Systems Red » (déjà !), que je pensais devenir un pilier des concerts du groupe pour encore quelques années. Mélaine a quant à elle trouvé DePedro un peu envahissant, à tout niveau : si à l’aise sur scène qu’on eut pu croire qu’il voulait voler la vedette à Joey Burns, et se rajoutant à une partition déjà bien chargée, donnant selon elle un sentiment de trop plein sonore à certains passages.

Pour finir, un mot sur le public Lyonnais : vu aux Nuits de Fourvière - dont on sait que les ¾ des personnes ne seraient pas présentes s’il se tenait 10 km plus loin -, sur des trucs calmes comme Alela Diane, ou dernièrement dans une ambiance pas franchement réjouissante (Laetitia Shériff), il m’avait été jusqu’à présent difficile de juger de sa réputation de mou du genou. Ce soir, avec un concert festif d’un groupe connu et motivé (enfin, ils ont tenu un bon moment, chacun essayant de faire chanter ou bouger la salle à tour de rôle, avant de montrer quelques signes de découragement bien compréhensifs), pas de doute : le public lyonnais est bien tout moisi…

 

Setlist : Convict Pool – Roka – Accross the Wire – Bend to the Road + Satisfaction – Man Made Lake – El Gatillo – Inspiracion – Deep Down – the News about William – House of Valparaiso – Not even Stevie Nicks… - Stray – Two Silver Trees – Sunken Waltz – Minas de Cobre / Fractured Air – Alone again Or… / el Picador – Victor Jara’s hands – Crystal Frontier

 

*Joey Burns félicitera les acheteurs de vinyle, merde, pour une fois que j’en prends pas….

 

** Identifié parce que le titre revient plusieurs fois dans les paroles.

 

PS: DePedro est à droite sur la première photo.