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Je ne sais quel étrange phénomène fait que l’essentiel des concerts intéressants à Lyon se concentrent sur les trois mois d’automne. Un peu fatiguant pour le passionné musical sans contraintes, mais carrément frustrant pour celui qui aspire aussi à rester présent auprès de sa famille. On regardera donc avec une pointe de regrets les affiches annonçant Stranded Horse ou Scout Niblet au Grrnd Zero fin novembre, et on remerciera l’Epicerie Moderne de nous offrir deux concerts intéressants pour le prix d’un : Lee Ranaldo and the Dust et Villagers viennent défendre respectivement Last Night on Earth et {Awayland}, albums sortis cette année. Pas grand monde pour cette belle affiche, mais les meilleurs sont là : La bUze and co, Julien, sa femme et ses potes, ainsi qu’en guest star surprise Mario Cavallero Jr. himself : ce 18 novembre restera gravé à jamais comme la date de notre rencontre, ainsi que celle où je fus convaincu de m’inscrire sur facebook, virtuelle boite de Pandore à laquelle j’avais jusqu’à présent résisté.

 

 Lee Ranaldo and The Dust

 

Comme d’hab, nous loupons l’entrée sur scène du premier groupe et arrivons au milieu d’un beau larsen introductif. Lee Ranaldo commence tranquillement son set, entouré d’un trio de musiciens qu’il a récemment baptisé the Dust : un taciturne guitariste (Alan Licht), un bassiste statique mais expérimenté (Tim Luntzel) et bien sur le prodigieux batteur Steve Shelley, qu’il a embarqué avec lui suite au split de Sonic Youth. Pour un amateur comme moi, c’est un plaisir de prendre une leçon de batterie en direct et à quelques mètres et j’observerai avec attention le jeu tout en roulements de Shelley pendant tout le concert. Cela dit, lorsque le principal élément d’un groupe de rock est son batteur, c’est en général qu’il y a un problème (1).

 

Lee Ranaldo and the Dust

 

Les morceaux de Lee Ranaldo sont construits sur une partie pop avec des accents country (il reprend d’ailleurs un morceau de David Crosby) puis sur une partie instrumentale noisy, mais je trouve l’association des deux souvent bancale. En clair, à quelques exceptions près - mélodies de guitare comme sur « Ambulancer », ou jolie deuxième voix de Alan Litch, malheureusement trop peu exploitée – je me suis emmerdé sur les parties calmes et j’ai pris mon pied sur les longs développements bruitistes à l’inévitable parfum Sonic Youthien. Ce Last Night On Earth semble manquer de compo vraiment marquante, d’autant que les rares titres que j’ai apprécié en totalité (« Xtina as I knew Her » ou l’exceptionnel « Lost (Planet Nice) ») sont extraits du premier album du groupe, Between the Times and the Tides. Ne boudons pas notre plaisir, le concert fut quand même fort plaisant dans son ensemble, notamment par l’attitude d’un Lee Ranaldo accessible et décontracté, qui prit le temps de décrire brièvement chacun des morceaux interprétés. J’ai particulièrement aimé son explication sur « the Rising Tide », celle d’un vieux bateau posé au fond d’un jardin et envahi de verdure dans lequel il se refugiait avec sa copine pour être à l’abri des regards. Un vieux briscard du rock encore inspiré par des souvenirs d’adolescence, l’esprit Sonic Youth souffle toujours…

 

 

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Changement de style avec l’arrivée des cinq membres de Villagers, auteurs d’un {Awayland} qui laissait espérer de belles choses sur scène. Marrant ce petit bonhomme avec sa petite guitare qui commence à murmurer en s’étranglant à moitié. Marrant aussi comment le public (2), d’abord goguenard, cessera tout commentaire dès que Conor O’Brien se mettra à chanter. Merveilleuse introduction que ce « My Lighthouse » épuré, qui me plonge dans une rêverie agréable dont je ne sortirai pas de toute la première moitié du concert, d’ambiance plutôt folk. Les Villagers se fussent ils contenté de faire de la gentille musique avec du gentil chant et des gentilles mélodies que cela eut déjà été bien, carrés et doués comme ils le sont. Mais  on aurait tort de restreindre le groupe à son « tube » Coldplayien « Nothing Arrived », tant les compositions proposées recèlent de surprises et de passages étonnant, intégrant naturellement des moments dissonants ou presque prog sur leur base acoustique.

 

 

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Pour la seconde partie du concert, les Villagers envoient le gros son et, si l’ensemble restera de bonne qualité, j’avoue que j’ai été moins convaincu. Je me souviens de cette réflexion de Thom disant que Muse portait dès ses débuts le germe de la boursouflure qui éclatera progressivement sur ses futurs disques, à l’inverse d’un Coldplay dont il était difficile de déceler le funeste destin. Le germe semble bien présent chez les Villagers quand, envoyant du clavier bien lourd et une grosse basse groovy sur des tempos rapide, ils se tiennent à la frontière du bon gout, en la franchissant toutefois assez rarement (« Judgement Call », mouais….). En ce sens ils m’ont parfois fait penser à Ghinzu (un groupe que j’aime beaucoup, précisons le), en particulier sur le titre « Occupy your Mind ». L’avenir des Villagers sera débattu à la sortie, notamment avec Mario qui pense que le groupe saura éviter l’appel des grands stades, en tout cas on lui gardera une oreille attentive. Pour l’heure, l’enthousiasme de Conor O’Brien fait plaisir à voir et le public commence à s’échauffer tranquillement. Le temps passe vite et c’est déjà l’heure du rappel, d’autant plus apprécié qu’il signe le retour à des sonorités plus folk, jusqu’à un ultime morceau très calme qui clôture en beauté cette soirée.

 

Passé la déception de constater que Lee Ranaldo, qui signait des disques à tours de bras à la pause, a plié boutique, et que le stand des Villagers ne propose rien de palpitant, je rejoins vite la petite troupe d’amis qui a bien du mal à regagner ses Pénates, tant il est vrai que plus on est de fanas, plus on rit…

 

 

Setlist Lee Ranaldo and the Dust: Key/Hole – Lecce, Leaving – Last Night On Earth – Angles – Ambulancer – By the Window – Lost (Planet Nice) – Everybody’s been Burned (David Crosby cover) – the Rising Tide – Home Chds - Late Descent #2 – Blackt Out – Off the Wall – She Cracked – Hammer Blows – Xtina as I knew Her

  

Setlist Villagers: My Lighthouse – Set the Tigers free – Passing a Message – the Bell – Home – Nothing Arrived – the Pact – Becoming a Jackal – the Waves – Judgement Call – Earthly Pleasure – Occupy your Mind – Ship of Promises // I Saw the Dead – 27 Strangers – Hot Scary Summer

  

(1)   il faudrait d’ailleurs rebaptiser le groupe Steve Shelley and the Dust….

 

(2)   venu à priori principalement pour Lee Ranaldo, il ne cessera de s’amenuiser au fil de la soirée….

 

 

 

 

Pour le plaisir, le meilleur titre de la soirée: