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J’avais espéré voir Idles à Lyon lors de la tournée Brutalism, mais lassé d’attendre j’étais allé jusqu’à Nîmes pour assister à un concert fabuleux. L’annonce de leur passage à l’Epicerie Moderne fut cependant une excellente nouvelle, la sortie entre temps de Joy as an Act of Resistance laissant envisager une setlist renouvelée, et un concert plus long puisque hors festival. Les ayant déjà vus, il était clair que je prendrai moins ma grosse baffe que l’essentiel du public venu en masse à Feyzin (date complète depuis longtemps), j’avais juste hâte de savourer les nouvelles chansons et de me défouler en beuglant et en pogotant gaiement. Je covoiture avec Rémi et Ben, soit donc un représentant pour chaque groupe répétant dans la mythique salle 44 de l’HDM, de quoi bien discuter musique sur le trajet. Vu l’affluence, j’étais content de pouvoir profiter de la Buzemobile, qui comme chacun sait a sa place attribuée à proximité de la salle, ce qui nous permettra malgré l’heure relativement tardive à laquelle nous arrivons de ne pas trop perdre de temps et d’éviter de nous faire rincer par la pluie soutenue qui arrose la ville depuis le début de la journée.

 

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Arrivée d’autant plus tardive que le concert a été avancé d’une demi-heure, aussi débarquons nous au milieu du set de la première partie, un duo guitare / batterie nommé John dont je n’avais jamais entendu parler. Les quelques titres bien bourrin entendus auront largement éveillé mon intérêt, le batteur parvenant presque à entrer dans les exceptions à ma règle d’or selon laquelle  les batteur/chanteur sont une hérésie (1). Energique et communicatif, John aura séduit un public malheureusement encore assez maigre et fait honneur à sa glorieuse tête d’affiche.

 

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A peine le temps de chopper une bière qu’on se place bien devant la scène, discutant jusqu’à l’extinction des lumières et la pulsation de l’énorme basse du balancier barbu Adam Devonshire lançant les hostilités. C’est parti pour un concert sous le signe de la Joie, même si quelques spectateurs n’avaient visiblement pas l’esprit adéquat et que Joe Talbot lui-même aura parfois du mal à s’y soumettre.  Peu importe, l’essentiel du public était là pour s’en mettre plein les oreilles, être témoin d’un phénomène dont la qualité des prestations est déjà légendaire, voire pogoter gentiment (et c’est vrai qu’on a rarement vu la fosse de l’Epicerie Moderne aussi agitée). « Colossus » fait un excellent titre d’ouverture, chauffant tranquillement les esprits avant son explosion finale qui lance la première ruée. Mais c’est « Mother », premier extrait de la soirée de Brutalism, qui déchainera la fosse, beuglant le refrain à l’unisson avec un Joe Talbot dans sa forme habituelle. Le fait que le public connaisse aussi bien les paroles de quasiment toutes les chansons est le signe de la qualité de celles-ci, et de l’aura particulier d’Idles. Les membres du groupe se donnent toujours autant à fond, c’est remarquable après les dates qu’ils enchainent depuis maintenant deux ans (presque 150 concerts en 2018). La setlist est parfaite, alternant fort judicieusement les nouveaux et les anciens morceaux, dont l’irrésistible « 1049 Gotho » sur lequel je ne peux m'empecher de faire un peu de crowdsurfing. Une mer agitée qui m’aura fait perdre mon téléphone, le drame étant évité par la gentillesse d’un spectateur qui me l’aura récupéré et rendu sans casse. C’est ça l’esprit Idles, et bien plus encore l’épisode qui va suivre.

 

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Idles entame en effet « Samaritans » l’un des meilleurs extraits de Joy, et celui qui m’aura fait la meilleure impression ce soir. L’ami Maxime, régulièrement croisé dans la joyeuse mêlée transpirante, monte sur scène au moment opportun avec un ami pour une embrassade torride, avant de conclure en gueulant avec Joe Talbot la phrase « I Kissed a Boy and I liked it !» et de saluer un public enthousiaste avec visiblement pas mal d’émotion. Un Happening militant aussi bien préparé que sincère qui aura été le point d’orgue de la soirée. Je ne dirais qu’une chose : Maxime, Well Done ! Le concert continue sur son rythme fou avec d’autres extraits de Joy, dont un « Great » très marrant qui donnera l’occasion à Joe Talbot de tresser des lauriers à la France, ce pays si tolérant, et à l’Europe (le titre parle du Brexit, un traumatisme pour le groupe). J’ai un peu honte en pensant à l’actualité mais tant pis, c’est pas tous les jours qu’Anglais et Français se font des câlins. Pour « White Privilege », le guitariste moustachu déconneur (Mark Bowen) s’offrira un bon bain de foule, tandis que l’ensemble du public reprend à l’unisson et à capella pendant de longues minutes le fameux « Dance till the Sun goes round, Yeah ! » : belle prouesse pour des Lyonnais d’ordinaire plus timides.

 

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C’est à partir de ce moment-là que l’ambiance va se rafraichir un peu. Tout d’abord, Joe Talbot croit entendre un spectateur le provoquer d’un Fuck You et fulminera contre le gars en question à plusieurs reprises, malgré les dénégations de celui-ci. Après un puissant « Benzocaine » qui me met en joie (j’adore ce titre, il n’avait pas été joué au TINALS et en plus il est abondamment prolongé), Idles profite de la fin d’ « Exeter » pour faire monter une partie du public sur scène. Fait inédit, les deux guitaristes confient leur instrument à deux spectatrices, Lee Kiernan expliquant à une jolie jeune fille aux cheveux courts (je l’ai reconnue, elle était derrière moi à Acid Mother Temples) comment jouer en rythme l’unique note de sa partie. Au départ, seules les filles sont conviées sur scène, et on comprend pourquoi puisque parmi les gars qui se taperont l’incruste, quelques-uns auront la brillante idée d’asperger la scène d’eau en ne ménageant ni les joyeux danseurs ni surtout les instruments, ce qui mettra Joe Talbot dans une rage folle, insultant copieusement le fautif et maugréant que c’est la dernière fois qu’un mec monte sur scène. Un exemple malheureux de la pertinence de certaines paroles du groupe, comme en miroir négatif du baiser affiché quelques titres auparavant.

 

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Généreux, le groupe poursuit vaillamment une copieuse setlist figurant l’intégralité de Joy (sauf « June », bien sûr) et une large partie de Brutalism, pour 1h30 de musique. Une durée un peu longue pour ce style, d’ailleurs la fosse, sans doute moins entrainée qu’Idles, commençait à être complètement cramée (Maxime avait une crampe, c’est dire…). D’un autre côté, on voit mal quel titre on aurait pu retirer sans regret, mis à part peut-être la reprise « Cry To Me ».  En tout cas pas les deux extraits achevant ce concert marquant, hauts du panier de leurs albums respectifs. Le terrible « Rottweiler » final (pas de rappel, c’est pour les nazes…) me permettant d’enfin mettre à l’honneur l’impeccable batteur Jon Beavis qui, sur l’outro instrumentale diabolique nous gratifiera d’un solo de batterie comme ceux-ci devraient toujours l’être : court, intense et de plus en plus frénétique. Les lumières se rallument après d’ultimes hurlements du possédé Bowen.

 

 

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J’avais emporté quelques billets pour des achats ciblés, mais le T-Shirt visé (celui avec la main qui fait le signe OK) n’était pas proposé et le vinyle de Brutalism, que je comptais naïvement acquérir et faire signer au groupe, était épuisé depuis belle lurette (dommage, car la très souriante paire rythmique se montrait bien accueillante pour les nombreux fans se pressant au merchandising). Je gardais donc mes sous et finissais la soirée en partageant avec Ben et la bUze nos impressions positives sur le concert et quelques potins sur la salle 44.

 

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(1)    mais non, il ne m’aura pas, il jouait bien mieux de sa batterie quand il ne chantait pas et sans batterie il aurait pu chanter dans le micro. 

 

Setlist : Colossus / Never Fight a Man With a Perm / Mother / Faith in the City / I'm Scum / Danny Nedelko / Divide & Conquer / 1049 Gotho / Samaritans / Television / Great / Love Song / White Privilege / Gram Rock / Benzocaine / Exeter / Cry To Me / Well Done / Rottweiler 

 

PHOTOS: 1/4/5/9/10 = Nathalie Girault - 3/7/8 = Davide Gostoli - 2/6 = Moi