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Depuis 2009, Shannon Wright est une habituée des salles de concert lyonnaises, et je l’avais déjà vu trois fois avant son dernier passage à l’Epicerie Moderne, l’année dernière. Une date que j’avais esquivé, déçu par son passage précèdent, au Clascson en 2013, malgré un très bon dernier disque (in Film Sound). Las, tous les échos que j’ai eus de ce passage en 2014 furent unanimes : exceptionnel. Malgré une période un peu trop intense, je décidais donc de retenter le coup - même si aucune nouvelle sortie n’était annoncée et si la formation solo m’inquiétait un peu - suffisamment confiant dans les capacités scéniques de Shannon Wright pour inviter Fred et Carine à venir la découvrir.

Bien en avance au Marché Gare, notre trio fait honneur au bar avant de se poser tranquillement dans le fond de la salle, attendant l’arrivée sur scène de la première partie, Olivier Depardon. Une affiche qui ne laissait aucun doute sur la présence de La bUze ce soir, ce ne fut donc pas une surprise de le croiser dans le public alors que l’ancien meneur de Virago entame son set, seul sur scène.

 

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Je ne connais pas du tout Depardon, un artiste qui a très bonne presse et qui figure avec son deuxième album, Les Saisons du Silence sorti cette année, en excellente place dans le Classement des Blogueurs. Lançant souvent ses titres par des basses continues tirées d’un petit clavier style Korg, le chanteur accumule ensuite les boucles de guitare à l’aide d’une Loop Station, une technique en vogue à une époque mais que je n’avais plus vu depuis longtemps. Si Depardon fait preuve d’une bonne maitrise, réussissant à habiter seul l’espace du Marché Gare (un des avantages de la Loop Station, son inconvénient majeur étant d’obliger à finir chaque chanson de manière brutale), je ne suis guère accroché par ses compos, trouvant l’ensemble assez facile, que ce soit les paroles en français (mais je suis difficile sur ce point) ou les mélodies, assez communes à mon sens. Il y a en plus une certaine manière de surjouer l’artiste maudit, une interprétation qui semble artificielle surtout en comparaison de celle de Shannon Wright qui va suivre (mais là encore, j’ai appris avec l’expérience qu’il faut se méfier des apparences). Au bout d’un moment, je commence néanmoins à pénétrer un peu plus dans l’univers du chanteur, surtout sur les deux derniers titres tirés du premier album. Mais c’est déjà la fin d’un set qui n’aura duré qu’une petite demi-heure, ce qui a sans doute été assez décevant pour les amateurs de l’artiste.

 

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Après une pause sympathique (avec des potes, l’attente est moins longue), Shannon Wright entre sur scène, telle qu’on l’avait quitté il y a deux ans. Je serai d’ailleurs bien en peine de trouver un angle narratif différent de mes précédents articles : même look, même tignasse improbable  - Fred la qualifiant de Slash du folk, ou de cousin machin, ce qui me fera régulièrement sourire malgré le coté toujours anxiogène du set de l’américaine – même déplacement spectral et déhanché étonnant dans le même jean moulant, même jeu de guitare technique et intense, et pour finir sur le grand défaut du concert : même chansons.  Car Shannon Wright n’a pas abandonné son habitude de consacrer une large place à Over the Sun, qu’elle jouera quasiment en intégralité ce soir. Sept morceaux qui occupent tellement la setlist qu’ils en occulteraient presque les dix autres, morcelés entre les cinq excellents albums  qui ont suivi cette pierre angulaire d’une discographie bien fournie. C’est pourtant parmi eux qu’il faudra chercher mes passages favoris de la soirée, à commencer par ce deuxième titre que je prends pour un inédit. Il s’agit du délicat « In the Morning », tiré de Let in the Light, un album que j’ai semble-t-il un peu trop délaissé, car je n’ai pas non plus reconnu le superbe « Louise » joué en toute fin de concert. Autre excellent moment, les difficiles arpèges de « in the Needle », extrait de Secret Blood, de même que le bien nommé « Violent Colors », présentant le visage plus torturé de la chanteuse. Bien sûr il n’y a pas de fausse note, l’ensemble, que ce soit au piano ou à la guitare, reste intense et irréprochable, mais cela ne m’empêche pas de décrocher de temps en temps, surtout le 3eme quart du concert que je trouve un peu longuet.

 

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Le fait que Shannon Wright joue en solo n’a pas forcément changé énormément de choses par rapport à ses précédents concerts en trio, son jeu de guitare simulant une basse du pouce (pendant qu’elle fait les mélodies en arpèges de ses autres doigts), et sa rythmique hachée évoquant assez bien un rythme de batterie. De toutes manières elle n’a besoin de personne pour partager avec le public sa boule de rage contenue ou déversée à coup de décibels, et c’est toujours tripes à l’air qu’elle assène ses titres, jusqu’à en pleurer en saluant une première fois l’assemblée du Marché Gare. Généreuse, elle nous accordera deux rappels avant de finir sur une belle version au piano de « Father », malheureusement unique extrait d’Honeybee Girls interprété ce soir-là.

 

Si j’ai trouvé ce concert bien meilleur que celui de 2013, il ne m’aura tout de même pas mis à genoux comme celui de notre toute première rencontre, sans que je ne sache trop faire la part des choses entre ma fatigue, la trop grande répétition de ses concerts ou la qualité intrinsèque de celui-ci. La Buze aura lui aussi un avis mitigé, tandis que nos deux « débutants » auront un son de cloche bien différent : si Fred a été relativement indifférent (préférant de loin Olivier Depardon), Carine a été subjuguée et aurait bien écouté quelques morceaux supplémentaires. 

 

Setlist : Birds - In the Morning – Plea - Violent Colors - Defy this Love – Hinterland - Ways to Make you see - In the Needle - Who’s Sorry Now ? - Black Little Stray – Portray - Throw a Blanket Over the Sun - Bleed  //  If Only we could - You’ll be the Death // Louise - Father