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En ce samedi soir printanier, le petit Bulletin invitait aux Subsistances Alela Diane, venue présenter son dernier disque, le très apaisé Cusp. Une ambiance aux antipodes de mon précédent concert, le public n’ayant d’ailleurs rien à voir, la seule connaissance croisée étant un Gary méconnaissable (en mode sérieux, derrière le bar). Une soirée sommes toutes idéale pour un moment en amoureux, la suite démontrant que je fus vraiment inspiré d’inviter Mélaine à m’accompagner.

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Pour la magie, il faudra attendre un peu, car il y a une première partie. Lior Shoov attaque son spectacle par des gargarismes, et on se dit qu’il faudrait un miracle pour qu’elle puisse rattraper une telle entrée en matière. Hélas, malgré son charisme et un certain sens de la mélodie, l’Israélienne nous propose un cours d’éveil musical surement rodé dans de nombreuses maternelles françaises, ne nous épargnant rien, depuis les instruments improbables (ouah, quand on tourne un tuyau ça fait du bruit !) jusqu’à la chorale improvisée à laquelle une grosse partie du public, séduit, participe volontiers (Mélaine m’apprend à cette occasion ce qu’est un DUMI). Un moment interminable qui a bien failli doucher notre enthousiasme à être ensemble, tranquilles, dans ce joli lieu que je découvrais.

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Après un changement de plateau pendant lequel un concert surprise est annoncé (les motivés auront droit à quelques morceaux de Heather Woods Broderick au piano dans une salle à rechercher), Alela Diane se présente sur scène avec deux musiciennes, non sans les avoir enlacés auparavant, et se place derrière le piano pour « Albatross », morceau d’ouverture de Cusp et introduction idéale au concert. Heather Woods Broderick et Mirabai Peart sont des multi instrumentistes impressionnantes (cordes, vents, percussions) qui viendront agrémenter subtilement les chansons d’Alela Diane (le plus souvent au centre de la scène avec sa guitare acoustique), et renforcer son chant toujours aussi magnifique de belles secondes voix. La première moitié du concert va être consacrée au dernier album, à l’exception de deux très beaux extraits d’About Farewell, le disque de rupture. Cusp est quant à lui l’album de la maternité, Alela Diane expliquant à quelques reprises les conditions dans lesquelles elle l’a composé et nous faisant part de sa hâte à revoir ses deux petites filles quittées depuis 3 semaines (c’est la dernière date de la tournée).  Une certaine maturité, ou sérénité, se dégage de sa présence, et l’on mesure la décennie passée depuis notre première rencontre à l’Epicerie Moderne, où elle faisait cependant déjà preuve d’une belle assurance sur scène malgré son jeune âge et sa soudaine notoriété. Aujourd’hui le buzz est passé, mais le talent et la personnalité de la songwritteuse se sont affirmés, et l’instant est d’une beauté pure. La salle, remarquée par Alela Diane, y est pour quelque chose, avec sa hauteur de plafond, son bois et sa pierre, et les éclairages feutrés (tout au plus regretterons nous quelques courants d’airs venus jouer les troubles fêtes sur nos nuques frissonnant déjà d’émotion). Et puis entendre « Ether & Wood » dans les bras de sa chérie dans une telle ambiance, quel bonheur !

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« the Rifle », splendide extrait du vénéré  premier album, annonce une partie de concert encore plus remarquable,  avec « White as Diamonds » et « Dry Grass & Shadows », deux titres forts intenses et fort applaudis de To Be Still, et « Emigré », très joli single de Cusp. Deux autres extraits de cet album, dont 9 titres sur 11 seront joués (1), achèvent un set d’une petite heure qui aura passé comme un rêve.  Celui-ci sera prolongé de la plus belle des manières avec un rappel débutant par « Oh ! My Mama », l’un des morceaux les plus simples et les plus touchants écrits par l’Américaine et un « Pirate’s Gospel » en conclusion aussi joyeuse qu’attendue. Après avoir récupéré la traditionnelle setlist, je décide de patienter au merchandising où Alela Diane, charmante et attentionnée, se prête volontiers au jeu de la dédicace. Le vinyle de Cusp étant malheureusement épuisé, je renonce à un quelconque achat et aux piètres phrases admiratives préparées à l’attention de la chanteuse. Cette soirée restera de toutes manières dans nos souvenirs, Mélaine étant emballée à tel point qu’elle fera immédiatement quelques recherches sur la folkeuse Anglaise citée par Alela comme une source d’inspiration et célébrée sur la chanson « Song for Sandy » (2). Espérons qu’à l’instar de Calexico Alela Diane revienne régulièrement sur Lyon et nous fasse revivre d’aussi belles soirées..

 

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(1)    Je ne m’aperçois que maintenant que l’un des écartés fut « Yellow Gold », l’un de mes favoris… 

(2)    Sandy Denny, dont la mort tragique a beaucoup touché Alela Diane.

 

Setlist:  Albatross - Threshold - Never Easy - Ether & Wood - Colorado Blue - About Farewell - Moves Us Blind – Buoyant - The Rifle - White As Diamonds - Dry Grass & Shadows – Émigré - Song for Sandy - Wild Ceaseless Song // Oh! My Mama - Age Old Blue - The Pirate's Gospel

 

Photos: 2-3-4 Le Petit Bulletin / 1-5 BL