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IDLES - Joy As An Act Of Resistance

 

On ne se remet pas aussi facilement d’un laminage monumental comme celui que je pris dans la tronche à l’écoute de Brutalism, seul disque récent à être instantanément entré dans mon panthéon musical.  En ce sens, Joy est sorti presque trop tôt, et j’ai eu du mal à abandonner son prédécesseur. Conscients qu’ils ne pouvaient faire mieux dans ce registre punk martelé et ultra direct (dont il subsiste quelques bribes sur Joy, comme le titre « Gram Rock ») mais toujours aussi révoltés, Idles réussi à se renouveler sans se trahir, après avoir joué avec les nerfs de l’auditeur sur « Colossus » : mise en tension longue et assez inhabituelle pouvant faire croire à un groupe devenu moins instinctif,  suivi d’un contrepied expéditif en mise au point salutaire. Avec cette fausse piste, les Idles Boys ont voulu faire savoir qu’ils étaient toujours la même bande d’allumés, portant haut l’étendard d’un étonnant courant : le punk positif.  Joy as an Act of Resistance, ou la subversion 2.0. Ce ne pourrait être qu’un slogan, mais quiconque a vu les Anglais sur scène le sait, c’est un sacerdoce. Prenez « June », déchirante marche funèbre, pause glaçante dans le bordel ambiant. En une phrase répétée, on a compris : « Baby Shoes, for Sale, never worn ». Abandonnant l’alcool, illusoire béquille l’ayant aidé à éructer Brutalism,  Joe Talbot s’est donc tourné vers la joie, coute que coute, malgré ce deuil immense, soutenu par les copains du groupe. Regardez comme sur chaque photo ils sont soudés, parfois collés jusqu’au câlin ou au roulage de pelle. La Catharsis par la musique est connue, mais rarement elle n’aura autant brillé qu’avec ces 5 là.  Une sincérité qui explique en partie la vitalité formidable de l’AF GANG, groupe de fans sur Facebook à l’activité frénétique, phénomène que je n’avais jamais revu depuis la bonne époque où j’étais fan des Smashing Pumpkins (celle où les ados écoutaient en masse les mêmes groupes de rock).  Une communauté qui parle non seulement musique mais qui s’entraide aussi, chacun pouvant y exprimer librement ses problèmes en étant assuré d’une écoute bienveillante. 

Si musicalement Idles apporte un peu plus de complexité et de variété à son dernier disque, la base reste commune, entre basse buldozer et guitares  aussi brutes que vicieuses (« Samaritans »), le tout dans une violence recrachée rarement démentie. C’est surtout les textes qui prennent de l’ampleur, abordant le Brexit (« Great »), le culte de l’apparence (« The bastards made you Not want to look like you » sur « Television ») et surtout la virilité toxique, fil rouge d’un album qui interroge l’éducation et la paternité. Des thèmes qui entrent en résonnance avec notre époque (1) et qui passent d’autant mieux que, loin de se présenter en père moraliste, Joe Talbot  les aborde en utilisant principalement l’humour, sans compter quelques excellentes punchline (« it’s the Mask - of Masculinity » est particulièrement efficace). Joy as an Act of Resistance  est un hymne à l’unité parfaitement représenté par son tube « Danny Nedelko », dont le refrain réussi l’exploit d’analyser la montée xénophobe en Europe (« Fear leads to panic, panic leads to pain, pain leads to anger, anger leads to hate ») tout en étant facile à beugler dans sa deuxième partie. Là encore, le cri pro-migrant d’Idles est chargé de sincérité, puisque le fameux Danny, originaire d’Ukraine, est le meilleur ami de Joe Talbot. Et c’est sans doute ce qui place Idles et son Brutalism parfait au-dessus de tous les autres groupes actuels du genre : un supplément d’âme. Largement confirmé avec ce deuxième album. Long live to the Open Minded !!

 

(1)    Groupe générationnel ? la question se pose, mais je laisse la réponse aux plus jeunes que moi…

 

 

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Emma Ruth RUNDLE - On Dark Horses

 

Deux ans après l’inattendu et magnifique Marked for Death, Emma Ruth Rundle revient avec un disque moins intimiste et, avouons-le, moins poignant. Le seul rappel de cette folk déchirée aux envolées évoquant Alanis Morissette est « You don’t have to Cry », titre de conclusion qui est paradoxalement  le seul à ne pas parler de la songwritteuse. Le reste de On Dark Horses donne plutôt une impression de puissance, comme si le cheval brisé qu’Emma Ruth Rundle avait trouvé dans le studio d’enregistrement et qui lui semblait tant la représenter qu’elle l’afficha en gros plan sur l’artwork était si bien rafistolé qu’il pouvait dorénavant tout emporter sur son passage. Dans les guitares explosant sur les refrains, dans le souffle épique courant sur ces longues compositions, on se prend à imaginer Godspeed You Black Emperor ayant invité la sauvage Shannon Wright au micro. Malgré des textes toujours aussi sombres, Emma Ruth Rundle fait preuve d’une assurance nouvelle qu’on aimerait voir exploser sur scène, soutenue par son talentueux groupe de rock appuyé.  Au rang desquels figure son compagnon, Evan Patterson, dont la voix grave répond superbement à celle d’Emma sur « Light Song », chanson au titre mensonger d’une noirceur pesante, fresque saturée pour amants maudits.  Un des beaux extraits de cet intense On Dark Horses inscrivant un peu plus Emma Ruth Rundle en héritière des pionnières du rock indé.