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FONTAINES D.C. - Dogrel

 

Après une année 2018 presque trop riche dont les dernières sorties squattent encore ma platine, il aura fallu attendre fin Avril (sans doute un record) pour réussir à trouver une poignée de disques millésimés 2019 dignes d’intérêt. Le très attendu premier album de Fontaines D.C. fait alors office d’oasis dans le désert et vient d’emblée occuper la première place temporaire d’un famélique top. Un triomphe obtenu sans péril qu’il convient donc de tempérer un peu malgré l’indéniable qualité générale de Dogrel. Souvent comparés à Idles, Fontaines D.C. n’en a selon moi pas (encore ?) l’envergure. D’abord parce que là où le groupe de Joe Talbot avait inventé un inédit hippie-punk universel, celui de Grian Chatten construit au contraire son identité sur son origine Irlandaise, périmètre restreint et beaucoup plus commun qui s’invite partout, jusque dans le nom du groupe (DC = Dublin City). Ensuite parce que Dogrel s’appuie essentiellement sur une poignée de tubes ravageurs qui seront communément cités par tous les afficionados. Que ceux-ci viennent prochainement à manquer et il ne restera du buzz de l’année qu’un groupe de post punk parmi tant d’autres. 

Ces réserves posées, on suivra avec grand plaisir le jeune quintet pour une immersion plus vraie que nature dans les rues détrempées de Dublin, entre dealers, bars poisseux et bagarres de pochtrons à la testostérone boostée par l’alcool.  En guise de chauffe, on clame à qui veut l’entendre qu’on sera riche et célèbre, coute que coute, une mise au point expéditive intitulée « Big » crachée avec une morgue aussi admirable qu’énervante par notre tête à beignes de guide. Mais la soirée s’annonce passionnante, car Fontaines D.C. balance « Too Real », d’ores et déjà ma chanson favorite de l’année, sa mise en tension, ses arpèges, ses explosions, et ce chant parlé haché dont chaque syllabe semble un coup de poing. On commence à être bien, c’est l’ouragan qui déboule, le rythme répétitif et irrésistible d’ « Hurricane Laughter » pour 5 minutes, le tempo rapide et la grosse basse qui oblige à danser jusqu’à épuisement. Ensuite, évidemment, c’est la descente. On chiale dans sa bière, on regarde d’un œil brumeux les chanceux s’enfuir avec leur copine, un bras posé en équilibre sur la table humide retenant difficilement notre tête oscillante. On écoute les potes raconter les mêmes vieilles histoires et les mêmes vieux rêves, ça nous remotive, il faut bouger. C’est le Rock N Roll centenaire de « Liberty Belle », et on ne sera jamais mieux qu’ici et ensemble. Dieu que cette paire rythmique est efficace, elle relance la machine pour un dernier tour, à fond pour « Boys in the better Land », et quitte à beugler notre attachement à notre ville  notre quartier notre rue notre bar, autant finir comme toujours et en tout lieu par un fameux « Dublin City Sky » traditionnel, d’une voix mal assurée, bras dessus bras dessous, comme le firent les Pogues en leur temps. Une chouette conclusion pour un chouette moment, et l’on a qu’une envie : que la journée se termine vite pour retrouver nos cinq potes et recommencer, jusqu’à plus soif.

 

 

 

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Yann TIERSEN - All

 

En 25 ans de carrière, Yann Tiersen aura sans cesse fait évoluer son répertoire tout en s’inspirant de ses travaux passés, faisant dire à certaines personnes ayant à peine survolé ses disques depuis Amélie Poulain qu’il « fait toujours la même chose ». Certes Dust Lane, dont je ne me suis d’ailleurs toujours pas remis,  est sans doute le seul disque à marquer une rupture de style franche avec ses prédécesseurs, mais l’auditeur attentif aura noté quasiment à chaque sortie autant de nouveauté que de souvenirs. Ainsi EUSA, dernier album en date de Yann Tiersen, présentait il des pièces de piano dans un style immédiatement reconnaissable, mais sous une forme homogène encore inédite lui donnant toute sa pertinence.

L’album de 2019 s’appelle donc All, référence à un ensemble que j’ai envie de relier à la discographie de Tiersen. All, antithèse d’une rupture, semble en effet volontairement rassembler toutes les ambiances développées par le breton depuis sa Valse des Monstres en 1995. On y retrouvera à l’occasion les Toy pianos de ses débuts, une pièce pour violon seul, des chœurs émouvants évoquant Dust Lane et son frangin Skyline, des carillons et poèmes en langues étrangères dans la continuité d’Infinity, et bien sur des mélodies de piano aussi simples que mélancoliques. Avec ses territoires connus, All est moins surprenant que ses compagnons sortis cette décennie, mais le talent de Yann Tiersen est une fois encore de réussir à conférer à des chansons à priori fort disparates une unité qui, à défaut de rendre l’ensemble bouleversant, en font un album très réussi. Outre quelques superbes extraits (« Pell », « Heol ») au niveau de ses meilleures compositions, on appréciera la capacité de Tiersen pour dessiner tout au long des 11 plages du disque un paysage brut et sauvage, hanté par brises fantomatiques et des cris d’animaux invisibles. Un peu d’air, de magie, de folklore, qu’on retrouve une fois de plus avec grand plaisir.

 

 

 

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LORELLE MEETS THE OBSOLETE - De Facto

 

Découvert via Mr Lemarchand (qui ne m’a vendu jusqu’à présent que ce disque cette année), Lorelle Meets the Obsolete est un groupe Mexicain existant depuis 2011 et qui sort déjà son cinquième album, De Facto. Le duo multi-instrumentiste joue sur l’opposition entre des claviers et une voix oniriques et l’apparition abrupte d’une guitare saturée, ce qui est à peu près la définition du shoegaze. Mais en mettant l’accent sur l’une ou l’autre des ambiances et en ajoutant un coté très répétitif sur la plupart des morceaux, que ce soit sur un riff de basse, un drone de claviers ou un rythme de batterie, Lorelle Meets the Obsolete oscille entre des styles aussi variés que le Post Punk, le Rock Psyché, le Krautrock ou l’Ambient. On citera par exemple « Unificado » qui bascule d’une pop éthérée à la Elysian Fields à un post rock psychotique évoquant Swans. Sans être révolutionnaire, De Facto est donc une belle curiosité qu’il serait dommage de laisser de côté.

 

 

 

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FUCK - the Band

 

Fuck, tu connais ? Non ? c’est normal. Je te les présenterais bientôt plus en détail lors de leur apparition surprise dans la rubrique Tape Story (épisode 096), mais sache que c’est un groupe qui a tout tenté pour ne pas être connu. Ca a tellement bien marché que personne ne s’est rendu compte qu’ils se sont reformé et ont sorti un album l’année dernière, pas même M Lemarchand qui écoute 200 disques par mois. Fuck, c’est un peu comme si Sparklehorse avait pris le parti d’en rire, ou si Pavement avait vraiment été un groupe indé. Timothy Prudhomme est-il un tel génie ? On ne sait pas, il se planque derrière son nez rouge, mais si tu connais Fuck, tu sais que derrière ces chansons Lo-Fi qui ne payent pas de mine se cachent autant de pépites, que ces courts blues, folk ou noisy pop pince sans rire en valent des mieux serties. The Band en contient 15, et rien n’est à jeter. Le meilleur album de Fuck ? Possible, en tout cas le moins remarqué. Bien joué les gars…