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L'EFFONDRAS - Anabasis

 

Pour le néophyte, Le Caravage est un artiste précieux : avec sa manière unique de travailler l’ombre et la lumière, il est reconnaissable entre mille. L’Effondras possède ce don, en utilisant des riffs et des arpèges pourtant bien classiques depuis Led Zeppelin jusqu’à Slint, d’avoir une personnalité sonore qui saute aux oreilles dès les premières secondes. Si Les Flavescences fut un choc esthétique dont on ne s’est pas encore totalement remis, Anabasis, 3eme album du groupe, pousse encore plus loin la maitrise du clair-obscur musical. Sur la batterie en toile de fond d’une subtilité remarquable, les deux guitaristes viennent apposer des éclaircies mélodiques ou des ténèbres saturées qui donnent un relief spécial à ces 5 longs tableaux aux nombreux plans imbriqués. S’agit-il de soubresauts émotionnels, d’une lutte contre quelque bipolarité entachant les meilleurs souvenirs de coups de colères et relevant les journées dépressives d’éclats de rires salvateurs ? Ou d’espérance, comme ce Christ du Caravage bien trop humain, bousculé dans la boue par des ivrognes aux regards noirs, et pourtant éclairé d’une lumière venue d’ailleurs, d’un ciel invisible dans le cadre mais évident pour tous ? Les interprétations sont multiples, et jour ou nuit on n’en saura pas plus, si ce n’est que l’un n’existe pas sans l’autre. Nul vainqueur, mis à part l’auditeur.

 

 

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Raoul VIGNAL - Years in Marble

 

Notre troubadour made in France, portant moustache et prénom idoine, revient avec un troisième album aussi réussi que les précédents. Dès « City Birds », il confirme sa technique exceptionnelle à la guitare, avec des arpèges ultra rapides qui évoquent ma première baffe en la matière, l’inoubliable Leonard Cohen (« Red Fresco »). Pour autant, Raoul Vignal se garde bien d’étaler cette formule systématiquement, et varie tempo et sonorités afin d’éviter que Years in Marble ne soit trop monochrome. Sur des ballades où flotte la mélancolie d’un « Paranoid Android », des mélodies lointaines viennent accrocher l’oreille et le cœur, tandis que de subtiles touches andalouses, médiévales ou orientales (« to Bid the Dog Goodbye ») se révèlent au fil des écoutes. Assisté par un batteur en symbiose, Raoul Vignal nous livre un album d’une beauté apaisante et régulièrement émouvant, réservant avec « Moonlit Visit » sa perle pour la dernière piste.

 

 

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Nick CAVE & Warren ELLIS - Carnage 

 

Contrairement à son prédécesseur Ghosteen, Carnage est assumé comme composé par les seuls Nick Cave et Warren Ellis, mais on reste globalement dans la même ambiance endeuillée. Nick Cave s’accroche à l’espérance du Royaume des Cieux pour ne pas céder à la folie, équilibrant sa morne lecture et les sanglots longs des violons de Warren par des sortes de pulsations technoïdes en sourdine, comme pour figurer la vie qui, au loin, continue. La vie, c’est le gospel qui soudain balaye la noirceur de « White Elephant », c’est les chœurs consolateurs de « Lavender Fields ». Pas encore suffisant pour faire oublier la tristesse infinie  d’ « Albuquerque », et les regrets s’accumulant au fil de Carnage. Et quand Nick Cave nous bouleverse avec juste quelques drones et un poème sur l’absence  (« Shattered Ground »), on se dit que le chemin des larmes est encore long.