La tentation était trop grande de répondre à l’invitation d’Angel Olsen : plus de 4 mois que je n’avais pas mis les pieds dans la mythique salle de l’Epicerie Moderne, un deuxième album laissant présager un concert sympathique, et en bonus une première partie enthousiasmante. Evidemment, le fait que je sois tombé amoureux d’Angel lors de son dernier passage dans cette même salle en tant que choriste de Bonnie ‘Prince’ Billy pesait aussi dans la balance - en plus cette fois, je n’aurai pas à la partager avec Damien et Julien qui étaient resté sagement chez eux. Tout comme beaucoup de lyonnais d’ailleurs, le public étant très restreint à mon arrivée, malgré la présence de quelques fidèles (La bUze, qui m’avait conduit, les jeunes amoureux Valérie et Christophe et le vieil Arnaud au dos tout cassé). Après l’explosion il y a quelques années suite au Pirate’s Gospel d’Alela Diane, le revival folk féminin ne semble plus trop faire recette. J’ai moi-même suivi le mouvement, puisque je me souviens très bien qu’à l’époque, j’avais plutôt apprécié le (très acclamé) Songs III : Bird on the Water sans pour autant aller plus loin dans la découverte de Marissa Nadler, tant j’étais surchargé de jeunes chanteuses à la voix d’or et la guitare en bois. Ironiquement, on n’entend plus parler de la plupart d’entre elles, alors que Marissa Nadler a sorti depuis pas moins de 5 disques. Le seul titre d’entre eux sur lequel j’ai posé une oreille, un extrait récent de son dernier album, m’a mis sur le cul : j’étais donc content d’être surpris qu’elle fut choisie comme première partie d’Angel Olsen, et assez curieux de découvrir sa musique sur scène ce soir.

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The Red Dress....

 

Marissa Nadler n’est pas extraordinairement jolie, mais elle a une silhouette de statue grecque, grande, svelte, un corps à donner envie de savoir dessiner. Longue chevelure noire ondulée, longue robe rouge ajustée, cascade argentée au cou et regard mélancolique, on aurait dit le mot Romantique subitement matérialisé devant nous. Assistée par une violoncelliste (une blonde à frange toute en noir, exactement comme celle ayant joué en première partie de Wovenhand) dont j’aurais surtout apprécié les secondes voix discrètes, Marissa Nadler déroule timidement un set dans la plus pure tradition du folk à arpèges et de la voix immaculée qui s’envole, envoutante. Le concert a les qualités et les défauts du genre, à savoir une alternance de passages magnifiques (majoritaires, dont ce « Drive » inoubliable) et d’autres un peu chiants, cette capacité à nous emmener ailleurs mais aussi cette trop grande linéarité qui fait, qu’au final, on décroche quand même. C’est dommage d’ailleurs que le duo n’ait pas plus profité des effets sonores lancés par la violoncelliste, ses multiples pédales et son clavier, pour créer un peu de surprise, insister sur des outro, faire partir certains morceaux vers d’autres territoires. L’ensemble sera resté très classique, mais suffisamment attirant pour que j’achète le vinyle de July.

 

6       5

 

  4

 

 Après une binouze sifflée avec La Buze qui partage mon interrogation (mais pourquoi vient il encore à des concerts de folk qui le barbent ?), je me faufile pour atteindre le devant de la scène et profiter au maximum de l’Ange venu me voir. Mal m’en pris, puisque le public eut beau être clairsemé, il comptait quand même dans ses rangs l’inévitable couple bourré qui se plaint que ca bouge pas assez (t’es à un concert de folk dépressif à Lyon, t’as plus de chance qu’il y ait de l’ambiance dans un volcan lunaire, connasse !), qui réclame lourdement à chaque intro la même chanson et que l’artiste est obligé de supporter avec un sourire de façade pour ne pas passer pour un aigri (même si Angel Olsen, c’était visible, n’en pensait pas moins…). Comble de malchance, j’étais aussi entouré par deux gars qui passèrent leur concert à faire des rafales de photographie plutôt qu’à écouter la musique (j’espère au moins qu’ils vont les partager sur internet). M’enfin le vrai drame, dans tout ca, c’était quand même la coiffure éliminatoire d’Angel Olsen…. Souriante, elle entre en scène avec son groupe, un guitariste, une bassiste et un batteur tellement peu charismatiques qu’on n’en parlera plus. La chanteuse est étonnamment à l’aise sur scène, malgré une grosse crève qui n’handicapera qu’assez peu sa performance vocale et sera l’objet de nombreuses interventions amusantes que je n’ai pas toutes comprises (en tout cas pas mal de spectateurs se marraient avec la belle).   

 

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The Haircut Fail....

 

Le début du set est très calme, avec cet effet caractéristique d’écho sur la guitare et le chant d’Angel qui donne à ses titres ce coté un peu désuet et charmant. Sous le charme de ces yeux malicieux et de ce petit sourire en coin, je l’étais évidemment, mais l’adjectif caractérise aussi bien l’album que le concert, rien de révolutionnaire mais un ton assez personnel, une touche apaisante qui fait qu’on passe un très bon moment. Ce n’est pas un hasard si les chansons parlent si souvent de Rêve, voilà qui est parfaitement rendu par la musique entendue en cette soirée d’Automne.  Angel Olsen n’est sans doute pas une aussi bonne songwritteuse que Marissa Nadler, mais sa décontraction et l’apport de son groupe rendent son concert plus marquant. Des passages plus nerveux, voire saturés (l’expéditif « Forgiven/Forgotten »), des solos de guitares étudiés, une batterie à la palette sonore variée donnent du relief au concert, la chanteuse aimant aussi chercher des registres différents suivant les passages, du murmure jusqu’au forte bien maitrisée malgré un nez bouché et des toussotements de plus en plus fréquents qui lui arrachent des petits rires fatigués. Participe à l’agréable diversité du concert la volonté d’Angel Olsen de puiser tant dans ses deux disques que dans des vieux morceaux et des reprises, même si j’eu préféré pour ma part qu’elle insiste plus sur son récent Burn Your Fire for No Witness, dont nous eûmes seulement 5 extraits. Regret aussi de ne pas avoir eu droit à mon titre favori, « Windows », qui aurait clôturé superbement le concert. Ne boudons pas notre plaisir, le « Sweet Dreams » interprété en solo fut un très joli final, de même que le rappel dépouillé « Iota », sur lequel Angel Olsen remerciait une dernière fois le public avant de disparaitre dans les coulisses.

 

 

3

 

Espérant de tout cœur un tête à tête avec notre égérie (afin de faire bisquer mes guitaristes), je reprenais une bière avec un la Buze qui, de manière surprenante, avait assez apprécié l’heure musicale précédente. Malheureusement, l’attente fut veine et le barbu derrière le stand merchandising me confirma que Marissa et Angel étaient claquées et ne viendraient pas taper la discute (ce que je comprends). Il eut toutefois la gentillesse de faire un aller retour backstage pour me faire dédicacer mon vinyle par Marissa Nadler, ce qu’elle fit en joignant deux petits cœurs à sa signature. Un souvenir peut être finalement plus sympa qu’une bise contaminée de la belle Angel….

 

Setlist (récupérée, mais à priori pas exactement ce qu’elle a joué): Free – Drunk and with Dreams – Tiniest Seed – Stars – Lights Out – Acrobat – High & Wild – I’m a Stranger Here – May as Well – Forgiven / Forgotten – Sweet Dreams // Iota

 

(c'est d'ailleurs au moment de recopier cette setlist que je fus identifié par un de mes fidèles lecteurs. ca fait à la fois plaisir et bizarre, vu qu'ils sont peu nombreux. donc salut à toi l'ami et corrige ma setlist si elle est foireuse!)