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Les habitués de ce blog savent combien j’aime le travail de Yann Tiersen, notamment ses trois derniers albums. Et les trois concerts auquel j’ai pu assister, tous très différents et tous géniaux, n’ont fait qu’accroître mon attachement à l’artiste. Aussi quand j’appris que la tournée de Infinity, l’un de mes albums de l’année, allait s’arrêter à l’Epicerie Moderne, j’étais fou de joie mais aussi stressé à l’idée de rater un concert dont la date coïncidait avec l’arrivée prévue de ma petite fille. Il n’en fut rien et c’est en (plus très) jeune papa que j’arrivais à Feyzin tout heureux, un peu plus tard que je l’aurai souhaité vue l’affluence prévisible du public lyonnais.

 

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Aussi ratais-je l’entrée en scène de la première partie, Black English, dont le chant entendu de loin me fit immédiatement penser à un autre groupe. Parvenu dans la fosse, je mis deux autres chansons avant de retrouver l’analogie : the National. Mais plutôt dans son coté le moins enthousiasmant, les tempos mollassons se succédant et les chansons se révélant bien trop fade à mon gout. Le quintet est carré, la technique maitrisée, mais Black English ne propose rien d’intéressant, d’ailleurs le public semblait en majorité assez indifférent malgré les tentatives désespérées du leader de le faire participer. Ce dernier en devient d’ailleurs à la fois irritant et apitoyant, avec ses demandes répétées de tapage dans les mains et de chœurs sur les refrains. Après un dernier titre qui se veut hymne de stade mais tombera à plat malgré une bonne intensification finale, le quintet quitte la scène sans avoir réussi à m’accrocher une seule minute.

 

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Désireux d’assister au concert dans les meilleures conditions, je me place d’emblée devant la scène, et attend un long moment le temps de la mise en place et de la balance des très nombreux et éclectiques instruments. La chaleur commence à devenir étonnamment suffocante, et après extinction des lumières il faudra encore patienter le temps d’un interminable chant traditionnel breton a capella puis du poème de « Meteorites » avant de voir Yann Tiersen entrer sur scène avec son groupe. Il s’agit des mêmes musiciens qui l’avaient accompagné lors de son dernier passage à l’Epicerie Moderne il y a trois ans, notamment le batteur Neil Turpin qui est sans doute le meilleur que j’ai pu voir sur scène. Faisons d’amblée l’éloge de cette formation, des cadors multi instrumentistes à l’attitude humble et sans artifices : qu’ils aient le rôle principal ou juste quelques notes à interpréter, ils se tiennent disponibles de la même manière, au service de la chanson avant tout. Une classe partagée par Tiersen qui ne se positionne pas en leader écrasant mais joue son rôle comme les autres, parfois central, parfois juste violoniste ou claviériste sur des morceaux chantés par l’un de ses collègues, le plus souvent Olavur Jakupsson, situé à gauche de la scène derrière ses machines et doté d’une voix magnifique. On pourrait d’ailleurs faire le même compliment à l’ensemble du groupe, sublimant des morceaux avec des chœurs à 5 voix qui filent le frisson, et dont nous profiterons dès le premier morceau, « Slippery Stones ». On sent une cohésion forte dans ce groupe, forgé pendant les tournées depuis quelques années mais aussi lors de séances de travail importantes qui ont forcément été nécessaires pour la retranscription des morceaux de Yann Tiersen pour la scène. Une cohésion dont nous aurons l’éclatante preuve lorsqu’au milieu de « A Midsummer Evening » (une chanson joyeuse sur la fin du monde, comme l’avait présenté Tiersen), Robin Allender fait un énorme couac sur son clavier, provoquant un fou rire en cascade sur scène comme dans le public, au point de nécessiter une pause au milieu du morceau afin de recouvrer un minimum de concentration, le tout dans une bonne humeur communicative.

 

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Les deux premiers tiers du concert sont plutôt calmes, avec mise à l’honneur d’un grand xylophone posé au centre de la scène, sur lequel chaque musicien viendra à tour de rôle carillonner pour une superbe relecture des titres de Yann Tiersen, pour la plupart issus des 3 derniers disques (magnifique version calme de « Palestine »), mais aussi plus anciens (magnifique version calme itou de « La Crise », l’un de mes titres préférés, toujours à l’honneur dans la setlist comme dans les journaux télévisés). Pas le temps de s’ennuyer entre les voix scotchantes, les différents changements d’instrument et le plaisir de ce petit moment flottant avant qu’on ne capte la mélodie retravaillée et que l’on ne reconnaisse le morceau. D’autant que la setlist est aussi traversée par quelques éclairs plus appuyés, comme un « Dark Stuff » redoutable où Tiersen exécute des figures complexes à la guitare électrique, ou « Steinn »  sur laquelle le batteur montre toute l’étendue de son talent.

 

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Après un passage où le chant est particulièrement mis en valeur (notamment sur le vieux classique « Rue des Cascades », de toute beauté), Tiersen et son groupe terminent le set sur un enchainement de trois morceaux qui, parmi les nombreux moments intenses de la soirée, sera mon préféré. Si j’avais un défaut à trouver au concert, ce serait (à l’instar de Christophe croisé à la sortie) de regretter que la plupart des titres fussent si courts, coupant souvent brutalement une mise en ambiance brillamment instaurée. Aussi cette version rallongée façon  rock psyché de « the Crossing » suivie d’un magistral « Vanishing Point » (titre résumé de Sky Line placé à sa fin) sera pour moi le point d’orgue d’un concert très riche en émotions, qui s’achève une première fois intelligemment sur « Lights », sorte de condensé de toutes les qualités exprimées jusqu’alors.

Yann Tiersen revient seul sur scène pour interpréter une jolie pièce de piano (« the Long Road », extrait de l’album Tabarly) et l’éternel « Sur le Fil » au violon, avant que le groupe ne le rejoigne et conclue en beauté avec (évidence) « Till the End » », sorte de condensé de toutes les qualités exprimées jusqu’alors, mais en encore mieux. Dommage que le public n’ai pas insisté plus pour avoir droit à un deuxième rappel, pourtant envisageable à la vue des lumières ré éteintes un moment (certaines villes plus motivées ont eu droit à un « Quartier » supplémentaire).

 

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Premier moment un peu gênant lorsque je fais patienter longuement un spectateur pour recopier la setlist (mon portable en fin de vie n’a plus assez de batterie pour une photo), puis je rejoins les vieux potes de Julien (sans Julien qui a eu la mauvaise idée de rester chez lui) pour un sympathique et houblonné débriefing. Je ne suis pas long à m’apercevoir que le Tiersen et sa bande sont tout peinards au milieu des quidams, le breton se pliant volontiers à des séances photos avec les fans, tel qu’on l’avait vu sur les films de son drôle de Midsummer Cycle Tour. On ne sait si l’amour a transformé un artiste qu’on imaginait plus farouche, en tout cas les teintes optimistes d’Infinity (joué quasiment en intégralité ce soir) complètement absentes de Dust Lane, se sont ressenties en cette soirée - l’Apocalypse est toujours pour bientôt, mais on l’attend avec le sourire. Bref, la tentation est irrésistible pour l’incorrigible collectionneur que je suis, qui va immédiatement se délester d’une somme bien trop conséquente pour acquérir le vinyle d’Infinity afin de le faire parapher par le groupe qui vient de lui offrir l’un des plus beaux concerts de sa (pourtant longue) carrière. Malheureusement mon inexpérience en midinetterie va me couter cher et la déjà habituellement peu glorieuse séance de dédicace va tourner au ridicule lorsque les musiciens interloqués aviseront le crayon de bois à peine taillé que je leur présenterai, seul ustensile que j’ai pu emprunter au bar tout proche. Bilan, un Merci dont seules les deux premières lettres précèdent un gribouillage rageur, et des signatures gravées plus qu’écrites sur la pochette du disque. J’ai quand même pu faire part de mon admiration à Neil Turpin et discuter avec lui du travail effectué par le groupe pour la scène, et glisser quelques mots banals de remerciement et de félicitation à Tiersen, réfrénant mon envie de lui parler longuement de ses compositions et de son travail de peur de l’emmerder.

 

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Pour finir, il me reste quelques remerciements à effectuer pour cette superbe soirée. A Yann Tiersen évidemment, car ils sont finalement bien peu d’artistes tournant depuis des années à se remettre constamment en question et à prendre des risques sur scène, confirmant que si je semble blasé sur pas mal de mes live report ce n’est pas forcément du à mon âge… Une fois n’est pas coutume, on va remercier le public qui m’entourait, silence complet pendant les titres, applaudissements nourris et encouragements aux moments judicieux, portables et photos discrets, un bonheur de plus en plus rare. Un super merci aux beaux parents qui ont gardé les enfants pour que je puisse voir le concert, et ce n’était pas de tout repos. A Héloïse et Malo qui ont été privé de leur Papa dans ces moments pas faciles, j’espère qu’ils comprendront à l’écoute du Live in London (que je conseille à tout le monde) et à charge de revanche pour plus tard, lorsqu’il faudra les accompagner pour un concert ou une soirée. A Mélaine, pour m’avoir fait découvrir Tiersen, mais surtout pour tant d’autres choses rien qu’à nous. A Soline, pour avoir accepté de nous rencontrer un peu plus tôt que ce 16 octobre. Allez, la Vie est belle malgré tout. Till the End…

 

 

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Setlist: Slippery Stones - Ar Maen Bihan - A Midsummer Evening – Palestine - Dark Stuff - La Dispute - La Crise – Steinn - In Our Minds - Chapter 19 - Rue des cascades – Grønjørd - The Gutter - The Crossing / Vanishing Point / Lights  //  La Longue Route - Sur Le Fil - Till The End