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Dans la déferlante de concerts Lyonnais de ces dernières semaines, celui-ci n’était sans doute pas le plus indispensable, mais cela faisait plusieurs fois que je manquais Erwan Pinard dont j’ai tant aimé le dernier album. Pour une fois qu’il était programmé bien à l’avance dans le cadre du Festival des Chants de Mars, en première partie de Miossec, je sautais sur l’occasion et prenais ma place (bien vu, la date fut vite Complet). Je tenais d’autant plus à être là qu’Erwan, habitué des concerts solo dans des petites salles de la région, était cette fois annoncé en formule trio avec les redoutables frères Aubernon, ce qui présageait un concert bien rock. Accompagné dans ma bétaillère par ce cher La bUze, j’avise la file inhabituellement longue devant la porte, me gare à l’arrache pour constater que ladite file s’est maintenant reporté sur le bar. Etant largement à l’heure (20h30 pétantes), nous nous préparons à patienter tranquillement pour une traditionnelle entrée en matière rafraichissante, lorsque nous sommes surpris par des accords de guitare semblant provenir de la salle : le concert à bel et bien commencé !

Non content de rater l’entrée en scène que j’imagine savoureuse d’Erwan et ses acolytes, j’apprendrais par la suite que des morceaux sont déjà passés (les deux bons titres ouvrant Obsolescence Programmée, « Laisse-moi » et « Compte à rebours »). C’est quand même rageant que le seul jour où un concert commence si tôt coïncide justement avec celui où c’est la première partie qui m’intéresse principalement. Si ce n’était leur programmation excellente, il y aurait de quoi mettre un carton jaune au Marché Gare. Mais bref, ayant rejoints un petit groupe d’amis de La bUze (dont l’inamovible Stéphane), nous voilà prêt à savourer le calme « J’élabore », dont le texte est assez représentatif de l’ensemble du dernier album : un fond sombre relevé par des traits d’humour noir qui arrachent sans peine des rires à une assemblée présente et réactive. Une caractéristique (en plus de la grosse barbe et des petites lunettes) qui m’évoquera Mr E et son Beautiful Blues, capable de chanter avec décontraction sur une version jazzy de « That’s Not really Funny ». Le public, emplissant complètement la salle du Marché Gare, et dont on peut supposer qu’une majorité était venu voir Miossec, restera captivée par l’artiste Lyonnais jusqu’à la fin. Il faut dire qu’Erwan Pinard sait particulièrement bien occuper la scène, et ses dialogues cyniques ou potaches font mouche à tout coup. Coté musical, les jolis cuivres et cordes agrémentant Obsolescence Programmée n’étant pas de la partie, Jérôme Aubernon se charge de les remplacer par de délicats arrangements à la guitare (instrument qu’il troquera parfois contre un violon électrique voire un Theremine, mais pour les passages bien noisy). Les chansons sont donc plus brutes, plus rock, bref plus Live…  C’est d’ailleurs l’heure de relever le tempo jusqu’à un « Tranquille » qui porte bien mal son nom, Lionel Aubernon avoinant sa batterie comme jamais tout en assurant quelques secondes voix pertinentes.  Malgré les clowneries d’Erwan dissertant sur les slows pour le plus grand plaisir du public, je reste toujours très ému à l’écoute de « S’il ne Reste », interprétée avec une conviction et une puissance particulière par le trio.

 

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Après un titre inédit explosif et excellent où Thèse (je t’aime) et Antithèse (casse-toi) s’affrontent, Erwan se voit abandonné par ses comparses lorsqu’il leur réclame une synthèse. Le voilà donc seul avec sa gratte acoustique, la mine larmoyante, pour une ode à la Solitude tragi-comique tenant autant du théâtre que de la chanson.  Malgré un texte talentueux, où blague, noirceur, chant lyrique et poésie se mélangent à tel point qu’on ne sait s’il faut rire ou pleurer, j’ai trouvé ce passage un peu longuet pour un concert si court : non seulement il grignote des minutes qui eussent été mieux employé à mon avis avec un bon petit « J’entends des Voix », mais cela casse à force la dynamique mise en place depuis le début. Pas trop grave, le groupe la remet en place assez facilement sur un efficace « J’ai l’Amour » tiré  du deuxième album Sauvez les Meubles, avant de conclure par l’énorme « Colère » qui donne lieu à des pitreries irrésistibles, entre massacre de Goldman et maltraitance de batteur, mais aussi à un déluge de décibel confirmant tout le bien qu’on pense de ces trois musiciens. Beau triomphe pour Erwan Pinard ardemment réclamé à nouveau, mais il revient comme la dernière fois pour annoncer entre deux remerciements que le temps manque pour un rappel.

 

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Rien ne nous empêchera cette fois de savourer notre binouze bien méritée, mais heureusement que nous n’avions pas pris des pintes tant la pause sera courte. Miossec, avec son look de vieux manouche (veste de costume sur T-shirt et chapeau en feutre gris)  entre déjà sur scène. Il s’est entouré de jeunesse, en l’occurrence une jolie brune au violon et mandoline, un accordéoniste qui fera aussi des secondes voix surprenantes et un guitariste marquant le rythme de ses pieds sur un tambourin et une valise faisant office de grosse caisse. Si j’ai immédiatement une furieuse envie de flanquer des claques à ces Blancs Becs visiblement aux anges d’accompagner le breton, il faut reconnaitre qu’ils occupent admirablement l’espace avec leurs instruments, pourtant pas les plus rock qui soient. Je ne connais absolument rien de Miossec : je l’avais vu en première partie de Yann Tiersen en 2002, mais il avait chanté à côté du micro tout le long, heureusement qu’il y avait un putain de groupe de rock derrière. Ce soir, c’est un peu l’inverse, Miossec assurera bien au chant, mais de rock, point. Je pense au début que cela n’aura pas d’importance, la première chanson - mélancolique « On y va » m’évoquant justement Tiersen - étant vraiment bien.  Malheureusement par la suite, toute la première partie du concert  à l’exception de « Plaisirs Poisons »  sera plutôt de style festif, avec une forte tendance au tango, ce qui n’est vraiment pas mon truc. Au moment où je vais renoncer et me diriger vers le bar, Miossec se saisit d’une guitare et son copain passe au piano, pour une série de titres plus posés. Si je trouve toujours les textes un peu faiblards, la mélodie de « Nuit Bleue » ou le final bien répétitif de « Cascadeur » sauront me faire passer un bon moment.  Je fatigue malgré tout et c’est ironiquement sur « Bières », un titre ennuyeux qui provoquera l’une des rares réactions du public pour ce set, que j’irai m’abreuver au bar déserté. Je reviens pour le rappel (le public semble réveillé, même s’il est plus clairsemé qu’au début), éclairé par ce qui semble être un tube attendu : « Brest » (c’est vrai que c’est une belle chanson). Après quoi Miossec reprend une nouvelle fois « le Bonheur », bien mieux accueilli qu’en début de concert, puis disparait sans passer par la case merchandising.

 

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Erwan Pinard, lui, est bien présent dans le box habituel du Marché Gare, et le succès de son concert peut se mesurer aux nombreuses personnes intéressées par un disque, une dédicace ou quelques mots à échanger. Je prends mon mal en patience tout en partageant mes impressions avec le groupe d’amis : La bUze, meilleur connaisseur de Miossec que moi (tout du moins en live), est lui aussi mitigé, regrettant la formation rock qu’il avait pu voir auparavant, tandis que les autres sont plutôt enthousiastes. Pas le temps malheureusement de questionner Erwan sur ses inspirations et la manière dont il a composé son disque, puisqu’au moment où je peux enfin l’aborder on annonce la fermeture imminente de la salle. Je le félicite quand même pour ce bon concert, l’humeur semble au beau fixe pour les trois compères, la soirée aura sans doute été pour eux une belle réussite. On discute un moment du concert, du blog, des prochaines dates (pas à Lyon j’en ai peur), en se quittant sur un au revoir : il est certain que je saisirais la moindre occasion pour le voir en tête d’affiche, si possible accompagné des frangins…

 

Setlist Erwan Pinard : Laisse-moi – Compte à Rebours – J’élabore – A Quoi Bon – Tranquille – S’il ne reste – Thèse Antithèse Solitude – J’ai l’Amour – Colère

 

Setlist Miossec : On y Va – Le Bonheur – Le Roi – Plaisirs Poisons – L’innocence – Alouette – Papa – Défroqué – Vie Vole – Nuit Bleue – Cascadeur – Les Ecailles – Bières – Nos Morts – Les Mouches / Je m’en Vais  //  Le Poing – Brest – Le Bonheur