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David BOWIE -

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis:

L’emballement médiatique suivant l’annonce – surprise - de la sortie de Blackstar, déjà important comme pour chaque album de Bowie, explosa logiquement à la mort de celui-ci. Les avis dithyrambiques se succédaient, évoquant une œuvre crépusculaire, un testament musical voulu comme tel, en même temps que fleurissaient des rétrospectives de toutes part, du plus grand connaisseur à l’inévitable opportuniste tressant des lauriers à un artiste qui n’évoquait la veille pour lui que quelques tubes dispersés. Dès lors il convenait d’être prudent, de laisser passer la déferlante ayant subitement triplé la valeur de vinyles acheté à l’époque où tout le monde s’en branlait (des vinyles, hein, pas de Bowie, il me semble qu’aucune époque ne considéra le génial (1) musicien avec indifférence). Et pourtant, dès la première écoute, je compris deux choses.

La première c’est que les commentaires enthousiastes cités plus haut n’étaient pas usurpés. Pour la première fois depuis Earthling (2), un album de Bowie allait plus loin qu’une collection de chansons (aussi bonnes soient elles), dispersées entre les différents style d’une histoire si riche qu’elle représente par transparence celle du rock lui-même depuis 50 ans. Sur Blackstar, les auto-références abondent évidemment (telle mélodie évoquera Heroes, telle rythme Earthling, telle ambiance Black Tie White Noise etc….), mais l’ensemble forme un bloc cohérent qui dessine un univers aussi sombre que nouveau. Etrange testament que ce disque qui regarde à l’inverse des précédents bien plus vers l’avenir que vers le passé, semblant une première pierre plutôt qu’une pierre tombale.

La deuxième chose que j’ai comprise immédiatement, à mon grand désarroi, c’est que Blackstar ne ferait jamais parti de mes Bowie favoris. Attention, je sais pertinemment qu’un Bowie nécessite un grand nombre de passages pour bien l’apprivoiser, j’ai d’ailleurs suffisamment gueulé contre des confrères qui ont étalé leur mépris pour the Next Day après une écoute et demie. Mais il était clair que l’avis définitif se situerai entre le Black Tie White Noise qui m’emmerde et que je n’écoute jamais et le sympathique Heathen un peu réévalué que je n’écoute guère plus, là où j’aurai tant voulu placer ce Blackstar au coté de mon Outside fétiche. D’abord il y a le sax, que j’ai trouvé si insupportable que je l’ai d’abord cru omniprésent, alors qu’il ne gâche que la moitié des chansons (notamment « I Can’t give eveything away », qui avait pourtant un destin de « Wild is the Wind »…). J’aime rarement le saxo, et surtout pas dans de telles expérimentations aléatoires (« ‘Tis a Pity she was a Whore ») ou dans ses langueur pleurnichardes (« Dollar Days »), et ce n’est pas mille écoutes qui y feront quelque chose. Et s’il m’est arrivé de changer assez radicalement d’avis sur un disque de Bowie - je n’aimais par exemple pas trop Earthling à sa sortie, c’est devenu l’un de mes favoris – ce fut toujours à la faveur de quelques titres qui me happèrent immédiatement (comme « Looking for Satellites » ou « I’m afraid of Americans »), à l’inverse d’un Blackstar dont aucune piste ne me captiva lors des premières écoutes.

Au final, reste un premier morceau remarquable, évoluant avec fluidité entre electro rêche et mélodies orientales, et un « Girls loves Me » dissonant, dans la même veine. Largement insuffisant pour me faire préférer Black Star à (par exemple) Reality, peut être moins historique mais dont j’apprécie quasiment tout les titres.

Il manquerait toutefois l’indispensable passage en live, tant la revisite des morceaux par Bowie sur scène leur apportait un éclairage nouveau, et tant les setlist mélangeant avec brio anciens et nouveaux titres inscrivaient chaque disque dans une œuvre monumentale, dont les ramifications, les connections, les influences et les anticipations n’ont pas fini de captiver les passionnés (3). On regrettera donc ces concerts avortés, cette Etoile qui se nourrissait de l’époque autant qu’elle nourrissait l’époque,  on regrettera de ne pas se délecter avec tant d’autres de son ultime message. Et pour se consoler on se rappellera ce concert, certes calibré, certes tardif, mais qui nous donna de voir, pour une fois, en vrai, l’unique Star du rock.

 

(1)   un adjectif pour une fois pertinent…

 

(2)   Il y a presque 20 ans, c’est incroyable quand j’y pense !

 

(3)   Rien que sur ce Blackstar, il y a surement des pages à écrire tant sur les textes que sur la musique, mais je laisse ces études poussées aux véritables fans….

 

 

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XIXA - Bloodline

 

 En écoute: DEEZER

Proposé par Julien.

La chronique de Julien: PINKUSHION

Mon avis:

Tucson, Arizona, un lieu que l’on connait fort bien, pour en avoir maintes fois parcouru virtuellement les routes poussiéreuses en compagnie de nos chers Calexico. On ne s’étonnera d’ailleurs pas de découvrir un lien entre les deux groupes,  via les inusables Giant Sand  (Brian Lopez et Gabriel Sullivan, leaders de Xixa, étaient les guitaristes qui entouraient Howe Gelb sur la scène de la Paloma quand je les ai vus l’an passé). Si les deux premiers titres évoluent en terrain attendu, une Cumbia sympathique (le nom  du groupe est tiré d’une cumbia péruvienne) et forcément remuante,  Xixa saura à maintes reprises s’affranchir de la référence marquée à Calexico en naviguant vers d’autres horizons, pop plus classique à la Girls in Hawai (« Killer ») ou rock latino évoquant la Mano Negra et ses claviers ultra rapides en contre temps (« Pressures of Mankind »). Les voix sont assez variées aussi, que ce soit les invités (notamment le très beau chant africain sur le tranquille « World Goes Away ») ou les deux chanteurs principaux. Que l’ambiance s’assombrisse sur « Down from the Sky », et l’on jurerait voir débarquer Mark Lannegan sur ce long titre agressif mélangeant les genres avec bonheur. Bloodline est donc un disque sans moment de faiblesse, qui conduira l’auditeur entre danse et rêveries jusqu’au parfait titre de clôture, un « Living on the Line » qui mute en tribune politique sur fond hypnotique et menaçant.  Un premier album qui donne envie d’en savoir plus, pourquoi pas sur scène ?

 

 

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VILLAGERS - Darling Arithmetic / Where Have You Been All My Life ?

 

 En écoute: DEEZER / DEEZER

Proposé par Julien et Xavier.

La chronique de Julien: PINKUSHION

Mon avis:

Trois ans après le remarquable Awayland, Villagers revient avec un disque dépouillé à l’extrême. On aurait pu craindre que Darling Arithmetic, porté uniquement par la guitare acoustique et surtout le chant cristallin de Conor O Brien, agrémentés de quelques arrangements (surtout piano et batterie feutrée), souffrit comme tant d’autres albums du genre d’une trop grande homogénéité amenant une certaine forme de lassitude sur sa longueur. Or il n’en est rien, parce que c’est un album court, parce que les tempos sont variés, mais surtout parce que chaque mélodie est suffisamment marquante pour que chaque titre se démarque des autres, ce qui dans ce style est la marque des très bons songwritters. De l’évident « Courage » au final hypnotique « So Naïve » en passant par « the Soul Serene », une merveille comptant parmi les plus beaux morceaux de folk entendus ces dernières années, Darling Arithmetic passe à la manière d’un doux rêve, de ceux vers lesquels on aime, inlassablement, revenir.

Justement, Villagers a publié cette année Where have you been all my life ?, un live reprenant en grande partie Darling Arithmetic. Les fans, auquel ce disque s’adresse principalement tant la formule guitare-contrebasse-batterie-piano reste proche du dépouillement des versions studio de ce dernier album, auront plaisir à en retrouver ici les meilleurs extraits accompagnés de morceaux choisis de la discographie des Villagers, dont le très beau « My Lighthouse ». Quelques passages plus appuyés (« the Waves ») et l’apparition d’une trompette (qui apporte une jolie touche supplémentaire à « So Naïve ») pourront servir à ceux des possesseurs du Darling Arithmetic qui auraient besoin d’une excuse pour justifier l’achat de Where have you been all my life ?

 

 

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PLACEBO - MTV Unplugged

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis:

Première nouvelle, Placebo existe encore. Plus surprenant: les MTV Unplugged aussi. Dans une indifférence relative, est sorti l’année dernière ce disque doublement marqué du sceau de la ringardise, à tel point que je n’avais pas prévu de l’écouter malgré une forte connotation 90’s me plaçant comme cœur de cible idéal. Je ne sais ce qui me décida à finalement y jeter une oreille, mais j’ai été agréablement surpris par un album en forme de voyage vers le passé, moi qui fus un grand fan du groupe sur sa première décennie d’existence.

Le début du disque tendait pourtant à confirmer mon scepticisme quant à l’intérêt de Placebo en acoustique, ayant très souvent préféré leurs titres rapides et saturés à leurs ballades. Après une reprise introductive très calme et courte puis le single « For what it’s worth » un peu raté (ce sera fort heureusement le seul extrait du catastrophique Battle for the Sun), les bons titres - dont une vieillerie culte, « 36 degrees » - s’enchainaient dans des versions sympathiques mais loin de rivaliser avec les originales. Le tournant du concert s’effectue sur « Meds », sur lequel les cordes viennent enfin jouer les premiers rôles avec une belle montée en puissance finale. Dès lors le piano omniprésent (1) et les cordes aux arrangements parfois superbes (« Without you i’ Nothing ») viendront enfin transformer des chansons maintes fois entendues, les rendant parfois supérieures à leur pendant studio (« Loud like Love »), d’autant que de nombreux instruments y apportent des touches vraiment novatrices (clarinette sur un « Bosco » très réussi ou le fameux Kanoun out of Tune de « Post Blue »).

Les interventions de Brian Molko sont bien plus pertinentes et moins démonstratives que ce qu’on a pu connaitre par le passé, n’allant évidemment pas jusqu’à l’humilité. Il n’y a d’ailleurs aucune raison que Molko fasse preuve de fausse modestie, tant la réussite de la performance du groupe doit beaucoup à son chant parfaitement maitrisé (2), mis en avant de façon spectaculaire sur de nombreux titres. La batterie et la basse n’intervenant qu’à bon escient, la musique de Placebo qui avait eu tendance au fil des années à devenir un peu chargée, voire carrément lourdingue, acquiert un coté aérien qui séduit progressivement sur un set de plus en plus accrocheur. De manière complètement inattendue, cette écoute aura relancé mon intérêt pour Placebo dont on guettera le prochain album, histoire de voir si on y retrouve un peu de la subtilité exprimée sur ce MTV Unplugged.

 

(1)   c’est un des principaux arguments de mon accroche pour cet album. Il va même jusqu’à rendre sympa la reprise ultra scolaire du « Where is my Mind » des Pixies.

 (2)   Pour ceux qui supportent sa voix évidemment, mais on imagine mal qui d’autre qu’un fan ultime cet album puisse intéresser…