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Rank, l’un des meilleurs groupes lyonnais en activité, a sorti  en début d’année Fake Memories. S’il était louable que le groupe se renouvelle après avoir atteint un sommet dans le pur Post Punk avec le génial Plan Your Downfall (2015), j’avoue avoir été déstabilisé par l’enregistrement et le son de ce nouvel album, moins tranchant à mon sens que précédemment. L’essentiel demeurait cependant, à savoir des compositions remarquablement construites sous une apparente simplicité, gage d’une efficacité qui ne sera pas démentie en ce vendredi soir, bien au contraire. C’est avec un brin de nostalgie que, sortant du métro, je parcours la rue Imbert Colones, passe devant la Triperie puis l’emplacement de notre ancien local de répétition (fermé depuis quelques années), avant d’arriver au Farmer. Ce bar fut en effet le lieu du tout premier concert d’Hello Darkness, en décembre 2010, alors que nous étions encore en trio (ca ne nous rajeunit pas…). J’ai eu l’occasion d’y retourner par la suite, mais pas depuis qu’un nouveau propriétaire a repris le lieu souvent dédié aux retransmissions télévisées de match de l’OL pour en faire un vrai bar musical, à la programmation pointue et intéressante (pour qui a le temps de faire des découvertes Live). Je suis curieux de voir les changements opérés : la configuration du bar n’a pas trop changée, la scène étant toujours une estrade débarrassée de ses tables et de son babyfoot, en revanche la décoration a été bien modernisée et on sent que le paquet a été mis pour le principal, à savoir l’insonorisation. Bref, un nouveau lieu sympathique pour boire des bières en écoutant du rock, qui semble être une belle réussite vu le public en nombre présent ce soir. Après avoir salué les copains de Rank, bien chauds en attendant leur entrée sur scène assez tardive, je rejoins l’ami Ben qui est arrivé relativement tôt pour être sûr de pouvoir rentrer (cet hurluberlu n’ayant pas Facebook,  il n’a pu réserver sa place). 

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Le quatuor en place quand j’arrive propose une power pop très marquée par les 90’s, que je trouve assez séduisante. Il faut dire que c’est pile dans mon ADN musical, d’ailleurs les membres de Gravity Fails semblent avoir mon âge (ainsi qu’un look qui ne trompe pas). Malgré un chant un peu monocorde et en retrait, j’ai bien aimé les 3-4 chansons entendues, notamment les parties mélodiques de guitare. Vient ensuite le trio bordelais Ulrich, dont Sayba nous avait laissé entendre qu’ils étaient très inspirés par un groupe qu’il nous laissa le soin de deviner. Il faut cependant attendre le troisième titre pour qu’Interpol nous saute aux oreilles. Si le chanteur a de toute évidence un certain mimétisme vocal avec Paul Banks (sans parler de sa tenue noire sobre et classe), Ulrich agrémente son Post Punk d’une bonne dose de saturation, avec des passages limite hardcore qui m’ont bien plu. Une exécution sans faille pour un concert plaisant et bien applaudi. C’est enfin à Rank d’investir la scène et de lancer leur set sans tergiverser par « Tonight », morceau d’ouverture de Plan your Downfall. Habile et bien vu de leur part d’avoir construit une setlist intégrant des titres de toute leur discographie,  ce qui souligne notamment la cohérence de l’ensemble, les morceaux les plus anciens s’enrichissant du passage en quatuor, un clavier étant venu renforcer le trio initial depuis l’année dernière. Si une moitié du concert aura logiquement été consacré à Fake Memories, avec en favoris « Soul Crash » et le redoutable « Sixteen », nous aurons droit à deux extraits particulièrement bien choisis du premier disque (irrésistible « Draw the Line »)  et deux autres de Plan your Downfall, dont mon préféré « Over it », qui leur aura donné un peu de fil à retordre. Arrivé en fin de set, et après un concert à fond de train sous des spots bien chauffants, le batteur frise l’explosion sur ce morceau à la rythmique ultra tendue. Les quelques problèmes rencontrés n’auront pas perturbé Rank outre mesure, avec ce mélange de décontraction dans les pauses et de sérieux dans l’exécution des chansons qui caractérise une certaine expérience scénique. Une fois encore, la complémentarité de chacun des membres du groupe, forts différents tant physiquement que dans le jeu de scène mais unis au service des chansons, m’aura impressionné, avec cette capacité rare de savoir se taire un moment pour mieux exploser par la suite. 

Dans ces conditions, un rappel était inévitable, le tenancier accordant un sursis à Rank pour un dernier titre. Cerise sur le gâteau, ce sera un inédit, encore meilleur que le « Braindead » proposé en début de set. Fort justement intitulé « Awsome », ce morceau final qu’on guettera dorénavant avec impatience prouve qu’une petite dizaine d’années après ses débuts l’inspiration est loin d’être tarie chez les Lyonnais, laissant espérer une suite à la hauteur d’une discographie bien fournie en tubes.  

 

Setlist : Tonight – Braindead – Dirty Poem – Phalenes – Soul Crash – Draw the Line – War is Declared – Sixteen – Over it – Wired // Awsome

 

Rank - "Tonight"

 

Gravity Fails - "Mind Palace"

 

Ulrich - "Ingrid"