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the WHO - Live at the Fillmore East 1968

 

La sortie du Live at Fillmore East 1968 était, selon les quelques articles que j’ai parcouru, soit disant assez attendue. Sans doute pas par les fans hardcore, qui possédaient le Bootleg depuis belle lurette, encore moins par les simples amateurs pour lesquels le Live at Leeds est amplement suffisant. La question était de savoir si ce disque avait le moindre intérêt pour les fans se situant entre les deux, dont je suis. Le journaliste de Rock N Folk, qui décrivait de belle manière la captation d’un moment clé de l’histoire des Who, me convainquis d’investir. 

Sans surprise, le Live at Leeds (aka le meilleur live de l’histoire du rock) est largement supérieur à ce Fillmore East, ne serait-ce qu’en comparant leur large répertoire commun (1). On évoquera trois raisons principales à cela : un son meilleur (2), un groupe plus rodé (deux ans de concerts incessants séparent les deux enregistrements). Quant à la 3eme raison, elle est hypothétique : le Live at Leeds aurait été tout ou partie enregistré en studio, comme cela se faisait beaucoup à l’époque (3). Bref, bien qu’inférieur, le Fillmore n’est pas pour autant dénué d’intérêt. Si le jam improvisé à la suite de « My Generation » du Leeds consistait en fait en une succession décousue de plusieurs petites pièces plus ou moins improvisées (dont des parties d’ « Underture » ou  l’embryon de ce qui deviendra plus tard le morceau « Naked Eye »), celle du Fillmore est un développement d’un bloc assez homogène de plus d’une demi-heure. John Entwistle porte tout l’ensemble avec son jeu de basse phénoménal, le groupe naviguant à vue pour une véritable improvisation ne pouvant se finir qu’en queue de poisson et dans les débris de divers instruments. Certes, RNF  n’a pas tort lorsqu’il dénonce la longueur indécente d’un morceau qui s’éternise d’autant plus inutilement que les Who avaient déjà jammé précédemment de manière plus inspiré et succincte sur « Relax », l’une des pistes justifiant l’achat de cet album. Mais là où il voit les prémices de la mort des Who qu’il aime (on y perçoit quelques mesures de ce qui deviendra le concept album Tommy honni par les fans de la première heure), j’y entends plutôt une renaissance.

Rappelons en effet qu’après les merveilleux single extraits du Who Sell Out, Pete Townshend commençait à être sacrément en panne d’inspiration pour ce qui avait fait jusqu’alors le succès de son groupe : les courts tubes de pop rock n’roll à l’imaginaire savoureux. Témoin ce « Little Billy » médiocre, titre éphémère de setlist, qui ne sortira même pas officiellement comme prévu (quant au single post Who Sell Out, « Dogs », c’est l’une des chansons les plus moches des Who). 

Ainsi la transformation des Who était-elle un mal pour un bien, et si les reprises d’Eddie Cochran « My Way » et « C’mon Everybody » sont sympathiques (d’autant qu’en ce qui me concerne je ne les avais jamais entendu), je leur préfère largement celle de « Shakin’ All Over ». Dans cette version étendue (la seule supérieure à celle du Leeds), j’ai cru tomber à la renverse en entendant vers la fin le riff du titre « Vernal Equinox » de Can. Fus-ce un hasard, il était assez incroyable de voir ainsi lié les Who aux champions  du long développement et de l’improvisation live (qui sortiraient leur premier album un an après ce Concert au Fillmore). Qu’importe donc les grincheux et les snobs version c’était mieux avant, les Who en tuant leur premier tube à coup de tâtonnements saturés, de basse bondissante et de batterie épileptique étaient en route vers d’autres aventures tout aussi historiques. 

 

(1)    Ne parlons pas des titres ne figurant que sur le premier cité, les indispensables « Heaven and Hell », « Young Man Blues » et « Magic Bus ». 

(2)    A noter que « Substitute », qu’on s’étonne de ne pas trouver au menu du Fillmore, introduisait en fait initialement le concert mais n’a pas pu être retenu pour cause de son trop médiocre (mais ne chipotons pas, le reste est de bon niveau). 

(3)    Je préfère ne pas trop creuser sur le web cette théorie. Déjà que Marky Ramone prétend dans son auto biographie que, à l’exception de la batterie, toutes les prises de mon cher Loco Live ont été réenregistrées en studio… 

 

 

 

 

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the DAMNED - Evil Spirits

 

J’ai toujours adoré les Damned, véritable Objet Musical Non Identifié comptant à la base un compositeur doué, un batteur exceptionnel (parti ensuite à la recherche du Graal), un chanteur déguisé en vampire et un bassiste  rigolo s’étant rapidement révélé très bon guitariste (et ayant accessoirement fait un tube disco en solo). Pionniers du punk malgré cette improbable association, puis précurseurs du gothique, les Damned ont fait tout et surtout n’importe quoi, flirtant autant avec le génie que le ridicule, naviguant sans état d’âme entre un mauvais gout assumé et une inventivité admirable. Préférant surfer sur le culte de leur discographie passée en flattant le fan lors de tournées best of très suivies que se prendre la tête à composer des nouveautés, les Londoniens ont été fort peu productifs ces 20 dernières années, avec uniquement deux albums à leur actif. On les comprend tant, sauf erreur de ma part, personne n’a parlé de Grave Disorder (2001) ni de So, Who’s Paranoid (2008), pourtant excellents dans leur(s) genre(s). Le dernier en date notamment, fourmillant d’idées et enchainant des titres jouissifs dans un mélange de styles qui, chez tout autre que les Damned, sombrerait dans l’inaudible. 

Imaginez donc ma joie de les voir enfin à l’honneur sur le web et dans les kiosques pour la sortie d’Evil Spirits, joie qui n’eut d’égale que ma déception à la première écoute de celui-ci. A ma grande surprise, les Damned venaient en effet de sortir un album…. sans surprise. Du rock n’roll classique, énergique à défaut d’être toujours efficace, très maitrisé mais finalement assez fade. Les écoutes suivantes m’ont donné l’impression d’un bon album très homogène, avec entre autres une paire rythmique remarquable (le groove de « Sonar Deceit »), mais au Captain Sensible un peu éteint (joli riff sur « Daily Liar » cependant) et à l’originalité déficiente. Tout ceci est décidément bien trop sage, rien ne dépasse et on en vient à se réjouir des interventions d’une trompette classieuse pour épicer un peu quelques morceaux. Un comble pour les rois du solo en roue libre et du mélange disco-punk-prog-psyche-gothique. Rendez-moi mes Damned !