Daniel-Blumberg-Minus

 Daniel BLUMBERG - Minus

 

Belle surprise de ce début d’année, Minus n’a cessé de tourner chez moi, avec une efficacité grandissante. Il faut dire que sa formule basée sur du piano et un chant mélancolique mettait toutes les chances de son côté pour me séduire. Pour balancer ce qui aurait pu n’être qu’une litanie de ballades larmoyantes, Daniel Blumberg et son groupe introduisent tout un tas de dissonances, harmonica sournois ou violon grinçant, avec la batterie du vieux routier Jim White en support. Il y a parfois un petit côté Arty-ficiel à ces ajouts, comme pour le final noisy de « Madder », mais cela fonctionne très bien la plupart du temps, à l’image d’une guitare électrique erratique sur « the Fuse ». Blumberg réussi à garder une ambiance très cohérente tout en variant les formats, entre les douze minutes en montagnes russes de « Madder », la valse dégingandée « Permanent » ou un très beau « Stacked » bluesy à la seconde voix féminine bienvenue (1), Minus évoquant des artistes aussi différents qu’Archive ou Damien Rice et son splendide album O. Jusqu’au titre final obsédant au magnifique intitulé répété ad lib, « Used to be Older », ce genre de chansons intenses qui me font monter les larmes aux yeux et m’invitent sans cesse à repasser un disque. Celui-ci, assurément, figurera en bonne place dans mon top 2018.

 

(1) non créditée, me laissant finalement penser que c'est celle de Blumberg lui-meme, ce qui serait bluffant...

 

 

 

Raoul-Vignal-Oak-Leaf

Raoul VIGNAL - Oak Leaf

 

Un an à peine après son superbe premier album, Raoul Vignal revient avec Oak Leaf, assez différent sur la forme. On n’en aurait pas voulu au compositeur Lyonnais de récidiver dans sa folk rêche aux arpèges techniques bluffants,  mais il a choisi d’habiller ses chansons d’arrangements plus complets en s’entourant notamment d’un groupe omniprésent (contrebasse et batterie), et de ralentir globalement le tempo. Le résultat est au moins aussi bon, et on se demande même si Oak Leaf ne tiendra pas plus dans la durée que son prédécesseur tant on y revient avec plaisir. Il faut dire que l’ambiance feutrée travaillée sur ces  morceaux se marie particulièrement bien avec la voix chaleureuse de Raoul Vignal, et que l’ensemble dégage une impression apaisante à laquelle je suis particulièrement sensible lorsqu’elle est aussi bien amenée. Quand les arpèges sont aussi relevés que sur the Silver Veil, le groupe vient rétablir l’équilibre avec justesse (« Blue Raven »), tandis qu’il se fait plus discret sur les passages plus lents et mélodiques (magnifique « I Might »). Un enchantement opérant depuis la douceur de « Pepa’s Eyes » jusqu’à « the Valve », sorte de « Street Sirit (fade out) » épicé de dissonances, en passant par « the Waves », voyage de 6 mn absolument merveilleux. Vignal fait rimer régional avec génial, on aurait donc tort de se priver….

 

 

 

kurt-vile-bottle-it-in

Kurt VILE - Bottle it in

 

Kurt Vile est un compositeur et guitariste aussi doué que nonchalant, et si sur ses précédents disques c’est son talent qui ressortait principalement, l’écoute de Bottle it In met plutôt en avant son côté branleur. Miné par des tics de composition pour qui prête attention aux riffs de guitare et usant d’une formule répétitive de manière parfois indécentes (certains titres atteignent les 10 minutes), Kurt Vile fini par perdre un auditeur pourtant sensible à l’ambiance détendue de l’album et la qualité d’interprétation du chevelu leader et de ses Violators. Dommage, car dilués au sein de cet interminable disque se cachent quelques pépites comme « Mutinies » ou « Check Baby », victimes collatérales d’une production globalement ennuyeuse.