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Franchement, si j’étais au Théâtre Antique c’était surtout pour passer une soirée avec Fred. N’empêche, la dernière fois que je l’avais suivi en aveugle à un concert, c’était pour Magma au Transbordeur il y a deux ans, et j’avais vraiment trouvé ça sympa. Pas de raison que ce soit différent cette fois ci, et je pourrais de la même manière apprécier la tête d’affiche, King Crimson, bien que je ne sois pas allé plus loin que leur premier album par le passé, n’ayant pas trop accroché à ce disque pourtant culte. Pas trop de pression donc malgré notre arrivée tardive, d’autant que Fred annonce qu’il est « bien content d’être arrivé à l’heure » alors que Magma a déjà entamé son set lorsque nous passons au bar. Il faut dire qu’il vient directement du boulot et qu’il s’est changé dans le taxi (son costard doit être roulé en boule dans son sac), mais cette réflexion m’amuse car elle souligne notre différence de caractère (habituellement je me bouffe les doigts si je ne suis pas une demi-heure en avance à un concert). Seul inconvénient, il n’y a plus de places assises, sans doute squattées par des spectateurs aussi vieux que les groupes du soir (1), nous nous dirigeons donc vers la fosse et accédons assez facilement au centre de celle-ci. 

 

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Le groupe est composé des mêmes 8 musiciens qu’il y a deux ans, bassiste, guitariste, claviériste, xylophoniste, un chanteur et deux chanteuses entourant la batterie de Christian Vander hérissée de cymbales gigantesques. Ils seront plus tard rejoints par un quartet de cuivres renforçant assez discrètement les longues compositions alambiquées de Magma. J’ai l’impression de reconnaitre énormément de passages du dernier concert, mais il est assez difficile d’en avoir le cœur net. Si on s’en réfère strictement à la setlist, les morceaux sont différents, mais en creusant on se rend compte par exemple que « Mekanïk Destruktïw Kommandöh » est le troisième mouvement de « Theusz Hamtaakh » donc c’est tout à fait possible. De toutes manières l’essentiel n’est pas de reconnaitre des titres surement transformés pour la scène et à moitié improvisés mais de savourer la performance, en particulier celle du batteur en chef qui semble diriger la troupe à coup de signes et de mimiques. Deux froncements de sourcils pour le changement de tempo et une moue de la bouche pour une fausse note ? D’ailleurs il n’y a pas que le batteur qui grimace, ils sont tous à fond et même le xylophoniste se fend de tronches pas possibles lorsqu’il doit suivre les rythmiques tordues et souvent très rapides des morceaux. Comme la fois précédente, le début du concert est difficile d’accès - peut-être que les compos sont moins bonnes ou qu’il faut juste un temps d’adaptation. On oscille alors entre fascination et ridicule, notamment pour le chant assez démonstratif du Pavarotti grisonnant sur le devant de la scène, et l’on a souvent l’impression d’être devant un opera rock, pour le meilleur et pour le pire. Dans les passages les plus déstructurés, on pourrait presque penser que les breaks sont faits complètement au hasard, sauf que le clavier et la batterie, ou le xylophone et le chant, sont parfaitement à l’unisson, ce qui démontre une maitrise technique redoutable. Progressivement le concert va plus s’orienter vers des passages répétitifs évoquant le Kraut Rock, ce qui me convient mieux, la dernière partie du concert (avant la classique ballade « Ehnn Deiss » finale) étant vraiment excellente. 

 

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C’est à proximité d’un distributeur de binouze humain que nous retrouvons Maxime, qui m’avait averti de sa présence par texto, mais aussi Denis et Juliet, ce qui me surprend plus car je ne les savais pas amateurs de rock Progressif. En réalité ce sont de grands fans de King Crimson, ce que je vérifierai le reste de la soirée puisque nous passerons le concert ensemble dans la fosse (finalement pas plus mal de ne pas s’être avachis dans les gradins). J’avais un peu bachoté avant de venir, ayant écouté 4 albums en début de semaine : le fameux In the Court of the Crimson King, Lizard, Red et Lark’s Tongues in Aspic qui aura ma préférence (surtout parce qu’il n’y a pas de saxo). Bonne pioche, puisque j’aurai ainsi eu un aperçu de l’immense majorité de la setlist jouée ce soir. C’est d’ailleurs l’un des morceaux que j’avais le plus apprécié, « Larks' Tongues In Aspic, Part One », qui entame de belle manière le concert, si l’on excepte le solo de flute traversière (bon sang c’est vrai qu’il y a un truc pire que le saxophone dans le rock). La première chose qu’on remarque c’est qu’il y a trois batteurs positionnés en ligne sur le devant de la scène. Cela ressemble à de l’esbroufe (j’ai vu pas mal de groupes de garage dont la paire de batteurs n’était là clairement que pour le spectacle), mais ce sera en réalité l’un des gros plus du concert, la diversité des percussions, roulements et jeux de scène du trio justifiant largement leur présence. En arrière-plan, nous trouvons de gauche à droite le saxophoniste/flutiste derrière sa vitre, le très classieux bassiste qui jouera aussi beaucoup du Chapman Stick (2), le chanteur guitariste (dont l’instrument s’orne du visage marquant de la pochette du premier album) et enfin Robert Fripp, assis avec sa guitare devant un clavier. On se rendra rapidement compte que la Frippouille se contente du service minimum et laisse son groupe jouer en balançant sporadiquement quelques accords ou un solo erratique. Juste une caution pour dire qu’on a vu le vrai King Crimson, en même temps qu’un certain charisme expliquant que personne n’a osé enfreindre la règle annoncée en début de concert interdisant la moindre photo avant le signal du maître (il faut dire que la rumeur court que Mr Fripp est très haut dans l’échelle des connards et qu’il peut interrompre un concert à la moindre contrariété).

 

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Après « Epitaph », dans la tradition des slows 70’s jolis mais un peu chiants, a lieu le sommet du concert, à savoir une joute entre les trois batteurs sur une introduction de « Indiscipline » prolongée à l’extrême. A la manière d’une Battle amicale chacun va provoquer l’autre à grand renforts de roulements ou de coups à contre temps, ou au contraire en faire une imitation parfaite, le tout s’enchainant sans pause sur fond de quelques accords répétitifs. Du grand art ! Retour à l’ambiance plus posée du In the Court of the Crimson King, connaissant « Moonchild » j’estime le moment idéal pour faire un aller-retour aux toilettes, mais quand je reviens le titre a laissé place (un medley ?) à « The Court of the Crimson King », copieusement humhumé par le public qui semble composé pour majorité de bons connaisseurs plutôt que de curieux. Un titre assez emblématique qui semble avoir inspiré quantité de groupes (pas mal de noms bien ringards viennent en tête, quelques très bons aussi). Retour à un titre plus dynamique que mes potes identifient comme étant « Red » mais qui est noté « Radical Action II / Level Five » sur la setlist (j’avais pourtant cru aussi reconnaitre la mise en tension instaurée par la note montante de la guitare, peut-être est-ce une adaptation live du morceau ?). C’est je crois le moment où nous avons eu droit à un exceptionnel solo de batterie du plus jeune de la bande (Gavin Harrison, du groupe Porcupine Tree), mettant un point d’honneur à utiliser la moindre percussion et cymbalette de son set, en même temps qu’une véritable démonstration à la double pédale. Puis, pour le plus grand plaisir de Fred qui attendait ce titre en particulier, c’est « Starless » qui achève le set. Tony Levin a pour l’occasion saisi une basse (5 cordes, l’honneur est sauf…) qui marque d’un son rond et précis les parties lentes du morceau.

 

Moment tendu lors du traditionnel lancé de coussins (moins fourni que d’habitude, cependant), la crainte que Robert Fripp s’en prenne un au coin de la figure et que le concert en reste là est grande. Mis à part quelques instruments rangés précipitamment, il n’en est rien et le groupe revient pour conclure sur « 21st Century Schizoid Man ». Comme le dit Denis, 50 ans de carrière pour n’avoir comme seul tube que sa toute première chanson, c’est un peu la lose, mais bon il faut reconnaitre que c’est vraiment un morceau terrible. Finalement si je n’ai pas tout aimé (classique dans le Prog Rock où je n’apprécie souvent que des passages particuliers dans les longs développements des groupes), j’ai quand même pris plaisir sur une grande partie du concert, en particulier le dernier tiers. Et puis comme il y avait du spectacle sur scène et que j’étais avec des amis, je ne me suis pas du tout ennuyé. Je prolonge la soirée avec Fred au bar de Fourvière, avant qu’on ne nous en déloge et que nous rentrions à pied dans nos pénates respectifs.

  

(1) Le public est beaucoup moins hétéroclite qu’au Transbo, les jeunes sont rares… 

(2) Curieux instrument à 12 cordes joué en tapping des deux mains dont je mettrai longtemps à comprendre qu’il est à l’origine des sons de basse sur les premiers morceaux.

 

Setlist Magma : Köhntarkösz - Mekanïk destruktïw kommandöh - Ehn deiss 

Setlist King Crimson : Larks' Tongues in Aspic, Part One – Neurotica – Epitaph - Easy Money – Indiscipline – Moonchild - The Court of the Crimson King - Radical Action II - Level Five – Starless // 21st Century Schizoid Man

 

MAGMA:

 

KING CRIMSON: