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Musicalement, 2019 a été une année assez décevante. J’ai pourtant écouté une centaine de nouveautés, chiffre sans doute faible par rapport à certains marathoniens du disque mais représentant quasiment le double de mes écoutes habituelles. Seule une poignée d’albums m’a suffisamment accroché pour que j’en parle sur ce blog, vous les retrouverez facilement et il n’est donc pas nécessaire que je me fende du traditionnel Top de fin d’année. Il est cependant un groupe que je voulais évoquer avant le passage à 2020, et que j’aurais d’ailleurs cité pour la chanson de l’année si j’avais fait un top, tant « Not » est de ces titres hantés qui réclament inlassablement une réécoute en boucle. Si certains considèrent que l’aura de ce morceau tue toute inclinaison à apprécier le reste des compositions de Big Thief, c’est loin d’être mon cas, et chaque nouveau passage de U.F.O.F et Two Hands, les deux albums sortis par le quatuor New Yorkais cette année, me conforte dans l’idée qu’on a affaire à du songwritting solide.

 

Pourtant, Big Thief se présente d’abord timidement. La plupart des titres sont assez simples, basés sur une guitare folk et un chant fragile soutenus par une section rythmique discrète et une seconde voix osant parfois une intervention sur quelque refrain, au grand plaisir de l’auditeur. Il y a malgré tout, derrière cette pop mêlant douceur et tristesse entendue maintes fois, un relief caché, une ombre portée qu’on peut louper aux premières écoutes, mais qui m’a sauté aux yeux et aux oreilles lors du concert au TINALS. Adrienne Lenker est sur le fil, la musique semble pour elle un indispensable déversoir pour des fêlures trop douloureuses à conserver en elle. Et si la tension est souvent contenue, si les magnifiques arpèges émaillant tant de chansons des deux albums (« Cattails », « Wolf ») la font s’envoler comme des bulles de savon, elle explose à plusieurs reprises, dans les cris de « Contact », dans le solo torturé de « Not », dans la lourdeur de « Jenni », sans surprise parmi mes favoris de la vingtaine proposés par Big Thief cette année. On pense alors à d’autres chanteuses moins apaisées qu’en apparence, de Dolores O’Riordan à Gemma Hayes, voire à la torpeur lo-fi de Sparklehorse (« Those Girls »). Ce n’est sans doute pas un hasard si le groupe s’affiche si soudé sur les pochettes, si les 3 compères d’Adrienne Lenker la couvent du regard sur scène, attentifs au moindre de ses gestes. Ainsi uni, le groupe transforme la fragilité de la jeune femme en force, multipliant les pop songs captivantes, aussi catchy que déchirantes : « Forgotten Eyes », « Shoulders », « Replaced » trois extraits parmi d’autres sur un Two Hands dont on ne se lasse décidément pas. On ne galvaudera pas le terme chef d’œuvre, l’aspect inégal des albums est assez évident, mais c’est justement ce qui en fait des plaisirs personnels, de ceux qui s’imposent progressivement et délogent de ma platine quantité de grands artistes peut être plus géniaux, plus immédiats, mais moins empathiques et mystérieux : bref, qui me ressemblent moins. Comme cette petite voix qui trainera encore longtemps dans un coin de ma tête, et vers laquelle je courrais en février, pour l’entendre à l’Epicerie Moderne. Dans l’espoir d’avoir quelques réponses.